Le 17 mai, a lieu la journée de lutte contre la transphobie, l’homophobie, la lesbophobie et la biphobie, commémorant le retrait de l’homosexualité de la liste des maladies mentales restituée par l’OMS, le 17 mai 1990. La première journée de lutte contre les lgbtphobies est instaurée en 2005, à l’initiative de Louis-George Tin, universitaire. En tant qu’homme noir homosexuel, il milite dès les années 1990 contre l’homophobie et les discriminations ethno-raciales.
se rappeler, ne pas oublier
La question trans est prise en compte beaucoup plus récemment, puisque c’est seulement depuis 2019 que celle-ci n’est plus traitée comme un trouble psychiatrique par l’OMS. Cette dé-psychiatrisation tardive laisse penser que les enjeux autour des transidentités sont récents et éloignés de la cause gay et lesbienne. Pourtant, si l’on s’intéresse à l’histoire queer, les luttes des personnes trans et des communautés lesbiennes et homosexuelles sont inséparables.
Preuve en est la naissance de la Pride. Le 28 juin 1969, au bar le Stonewall Inc à New York, une énième descente de police provoque une réaction de désaccord parmi la clientèle. Pour le sociologue Eric Fassin, cette nuit-là se pense comme un “événement marginal devenu mythe fondateur de la communauté lgbt” et met au jour les violences systémiques et intersectionnelles vécues par les personnes lgbtqia+.
| Point vocab On dit d’une violence qu’elle est systémique quand l’organisation de la société produit, favorise et maintient ces violences envers des communautés historiquement discriminées. |
La militante Marsha P. Johnson, une femme trans afro-américaine, en première ligne lors des émeutes de Stonewall, est une figure majeure des luttes antiracistes et lgbtqia+. Elle constate le nombre important de personnes noires ou hispaniques en prison, sans domicile, ou en situation de prostitution pour survivre parmi les membres de sa communauté. Elle comprend très bien que les discriminations se croisent et se renforcent, et que cela entraîne inévitablement des injustices telles qu’un accès réduit au logement, à l’emploi, à un espace public sans menace, mais aussi à des espaces de citoyenneté, de libre expression et de politisation.

Cette réalité est décrite par de nombreuses autrices et militantes queer antiracistes et anticapitalistes, telles qu’Angela Davis ou bell hooks depuis les années 1970 aux États-Unis. Malgré ce passé riche en luttes victorieuses, aujourd’hui, Donald Trump et son gouvernement assument franchement des positions lgbtphobes.
| Point vocab L’intersectionnalité est une notion développée par la juriste Kimberley Crenshaw. C’est quand une personne est au croisement de plusieurs discriminations : c’est le cas donc d’une femme trans, noire, issue de classe populaire qui subira de la transphobie, de la misogynie, du racisme, et du classisme. |
qu’en est-il en France aujourd’hui ?
Le rapport annuel sur les LGBTIphobies de l’association SOS Homophobie montre que les violences à l’encontre des personnes lgbtqia+ augmentent. On recense par exemple 186 cas d’agressions physiques, dont 40% ont eu lieu dans l’espace public, 24% sont le fait du voisinage, 14.5% de la famille ou des proches. Le travail représente aussi un espace de dangers puisque 4.8% des agressions physiques y ont eu lieu. Les discriminations d’accès à l’emploi sont également une réalité documentée par de nombreux témoignages dans le rapport.
L’association met en garde contre l’homonationalisme, un courant lgbt d’extrême droite qui veut instaurer l’idée que seules les personnes issues de l’immigration seraient coupables d’agressions homophobes. Or, le rapport est très clair : les violences et les discriminations existent en de nombreux endroits et prennent de nombreuses formes, que l’on ne peut réduire à un seul groupe.
« De nombreux témoignages articulent les LGBTIphobies et les situations d’exil. L’orientation sexuelle ou l’identité de genre comme motif d’exil expose à une double insécurité : celle liée au pays d’origine et celle liée au statut, parfois instable, proposé en France.«
Rapport 2026 sur les LGBTIphobies, page 169, association SOS Homophobie
À Lille, le centre LGBTQ+ J’en suis j’y reste, installé depuis 30 ans à Moulins, a été par trois fois victime d’attaques depuis janvier 2026. Récemment, l’annulation de la Marche des Fierté·es de Faches-Thumesnil par le nouveau maire divers droite est symptomatique de ce glissement vers une silenciation des personnes lgbtqia+. Si des lois existent pour sanctionner ces violences et ces discriminations, elles sont peu appliquées et ne font pas le poids face à un climat politique qui ne se positionne pas fermement en faveur d’une plus grande diversité des identités de genre et des orientations affectives et sexuelles.
Dans les médias, l’invitation de militantes transphobes à l’instar de Dora Moutot, ou du collectif La petite sirène favorise la désinformation et les discours haineux. Tout ça a des effets politiques réels : pression sur les médecins accompagnant des personnes trans, lobbying auprès des élu·es pour faire interdire la prise en charge médicale des mineur·es trans, mais aussi pour exclure la transidentité du champ de la loi contre les thérapies de conversion comme le relève Maud Royer dans son enquête Lobby transphobe (textuel, 2024).
Alors que faire ?
En tant que personne concernée, c’est important de ne pas rester isolé·e. On peut rejoindre des associations, des collectifs, pour se faire du bien ensemble, se sentir protégé·es et porter une lutte collective. C’est important de se former à l’intersectionnalité pour construire une communauté inclusive pour toustes. Le centre J’en suis J’y reste met à disposition sur Instagram son planning mensuel, dans lequel on peut retrouver les différentes organisations qui le composent.
Si tu es un·e allié·e, la première chose est d’être présent·e pour tes proches concerné·es, de les croire quand ils et elles parlent des violences vécues ou ressenties. Tu peux aussi rejoindre des associations lgbtq+ ou faire des dons. J’en suis j’y reste propose régulièrement des temps entre personnes concernées et leurs proches afin de favoriser des échanges dans un cadre bienveillant. On peut aussi se rendre à l’A.P.P.E.L, au Hangar’t, un temps de rencontre entre parents de jeunes lgbtq+ et des professionnels formés sur ces questions. C’est important de se former afin de ne pas laisser passer des propos lgbtphobes, et d’encourager la formation dans vos lieux de travail.
Pour aller plus loin :
- Protéger nos enfants, Gabrielle Richard (Binge Audio Editions, 2024)
- PRIDE, Matthew Warchus (film, 2014)
Articlé réalisé par Aymée, pour Exprime
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