L’horreur en littérature, ça t’évoque peut-être Stephen King ou Lovecraft. Des grands noms… que tu ne retrouveras pas du tout chez Dév’horreur ! Club de lecture spécialisé dans l’horreur, lancé il y a un an par l’association Lille aux écrits, ses membres défendent une approche engagée, féministe, queer et antiraciste.
Du 17 au 24 octobre, Dév’horreur et Lille aux écrits organisent leur toute première Semaine de l’horreur. Une série d’événement pour découvrir ou redécouvrir ce genre sous un autre angle.
Une horreur féministe, queer et antiraciste
En septembre dernier a été lancé Dév’horreur par deux membres de Lille aux écrits (Sam et Loly). Depuis quelques mois et au vu du succès et des ambitions, l’équipe s‘est agrandie et a accueilli Julie.
Tous les mois, une lecture commune est proposée et les participants se retrouvent à la Nouvelle Librairie Internationale VO pour en discuter. Au fur et à mesure, une communauté de fidèles habitués s’est construite.
Pourtant, la plupart d’entre eux ne lisaient pas de l’horreur ou n’avaient jamais osé se lancer avant de découvrir Dév’horreur. Et pour cause c’est un genre qui bouscule et qui est difficile d’accès. Mais Dév’horreur permet de “créer un espace où tous·tes peuvent choisir d’explorer cet inconfort”, selon Sam, co-créateurice du club de lecture. De son coté, Julie parle d’une « exploration de la littérature d’horreur en se demandant ce qu’elle peut faire par et pour des publics minorisés”.
Dév’horreur met en avant des œuvres écrites par des femmes, des personnes queer et racisées. Des voix marginalisées qui ont souvent été malmenées par l’horreur (surtout au cinéma) : la final girl qui survit traumatisée, le seul personnage noir du cast qui meurt en premier, l’antagoniste à qui on plaque des notions LGBTQI+ afin de renforcer son côté dérangé.
En adoptant le point de vue de ces minorités, l’horreur nous permet de faire face à notre propre vulnérabilité et de se la réapproprier.
“En se confrontant à la peur, en manipulant l’effroi, en croisant nos opinions, nos ressentis, l’horreur est le genre parfait pour questionner a minima les systèmes et la société dans lesquels nous évoluons…”
Sam, co-créateurice de Dév’horreur
“L’horreur nous permet de regarder des choses en face, pas en se demandant s’il y a de la dureté ou du monstrueux à certains endroits de nos vies, mais en partant du principe qu’il y en a, et en se demandant à quoi cela ressemble et quelles dynamiques l’incarnent.”
Julie, membre de l’équipe Dév’horreur
Un Héritage à réinvestir
C’est quoi cette littérature horrifique de Dév’horreur ? On trouve de tout : une anthologie coréenne avec Lapin Maudit de Bora Chung, un roman jeunesse français de Flore Vesco De délicieux enfants, ou une novella épistolaire numérique de Eric LaRocca, As-tu mérité tes yeux ?. Et ce mois-ci, pour leur Semaine de l’horreur, le club propose un roman de Shirley Jackson, autrice monumentale de l’horreur américaine : La Maison hantée, aussi connu sous son titre original The Haunting of Hill House.

Le trope de la maison hantée est un classique du genre, qui remonte à la littérature gothique du 18e-19e siècle. Une période qui a vu naître les grands noms et figures de l’horreur. Avec déjà des aspects féministes ou queer !
Tu savais que Frankenstein avait été écrit par une femme, Mary Shelley ? Ou que Dracula était bisexuel ? Ou que Oscar Wilde a été condamné pour son homosexualité, notamment sur la base de son Portrait de Dorian Gray ? La liste est longue et témoigne d’un héritage légitime à réinvestir.
Par exemple, la littérature « anti-lovecraftienne » reprend l’univers de H.P. Lovecraft, auteur iconique mais aussi raciste et suprémaciste blanc, en mettant en avant des personnages afro-américains. Lu chez Dév’horreur, Ring Shout suit trois femmes noires qui massacrent des membres du KKK possédés par des démons, dans les États-Unis sudistes de 1920.
Si cette littérature a l’air dominée par la production anglo-saxonne, en France, les choses bougent récemment. Cette année, on a eu Génération Body Horror, qui revient sur ce sous-genre de l’horreur avec Fleur Hopkins-Loféron et Morgane Caussarieu – un des grands noms de l’horreur française. On a aussi eu l’anthologie Eros Macabre qui mêle horreur et érotique avec des auteurices femmes et/ou queer. Une d’entre elle sera d’ailleurs invitée par Dév’horreur à l’occasion de la Semaine de l’horreur !
Une semaine pour mettre l’horreur à l’honneur
En plus de la séance classique de Dév’horreur, un atelier d’écriture horrifique est prévu à la médiathèque du Vieux Lille et une rencontre-dédicace est organisée à la médiathèque de Wazemmes. Parmi les invitées, il y aura Oriane Dardres “une autrice originaire du Nord qui s’exprime par l’horreur sur des sujets féministes et sur la lutte des classes”. Et l’influenceuse Laury Nama, “lectrice, passionnée d’horreur“ qui « propose une grille de lecture politique et littéraire des imaginaires” (Sam).
Mais l’horreur, ce n’est pas qu’en littérature. Pour compléter leur programme, Dév’horreur et Lille aux écrits se sont associés à Minuit Cinéma Club, pour une projection de l’adaptation de La Maison hantée ; mais aussi à Spark Club, pour une journée de jeu de rôle horrifique.

L’objectif ? Faire communauté et mettre en avant le tissu associatif local. Une volonté portée aussi par Lille aux écrits.
Toutes les semaines, l’association se retrouve dans des cafés et bars pour écrire ensemble. La Semaine de l’horreur n’est que l’un de leurs nombreux projets. Parmi eux, il y a le podcast de l’association ou la volonté de monter un salon du livre. Et même une deuxième édition de la Semaine de l’horreur !
« On veut mettre en avant les auteurs et autrices, qu’ils et elles soient locaux ou membres de l’association, et promouvoir les littératures de l’imaginaire de façon légitime et inclusive. En sortant des sentiers battus et des clichés pour aller à la rencontre de ceux qui les font vivre. »
Agathe, membre du bureau et chargée de communication à Lille aux écrits
Alors, rendez-vous sur l’instagram de Lille aux écrits ou du 17 octobre au 24 octobre pour frissonner tous ensemble !
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