Respirer, le danger : Trois substances, un même risque

Chaque année, des femmes roubaisiennes prennent la parole dans le journal Saphirmer, porté par l’association Amitié Partage, à Roubaix. Une nouvelle fois, nous accompagnons les participantes à découvrir, rencontrer, se questionner et s’exprimer. Ici, un article signé Houda.

Très répandus chez les adolescents et les adultes, le tabagisme, le vapotage et l’inhalation de protoxyde d’azote (« gaz hilarant ») sont des pratiques qui peuvent provoquer une dépendance et entraîner de graves conséquences sur la santé.

le tabagisme

Le tabagisme est la consommation de tabac contenant de la nicotine, une substance qui agit sur le cerveau et crée une forte dépendance. Le tabac arrive en Europe en 1492 après la découverte de l’Amérique, puis la cigarette moderne se développe au XIXe siècle. Selon Santé publique France, environ 68 000 décès par an sont liés au tabac en France. Et selon l’Institut national du cancer (INCa), le tabac est responsable d’environ 80 à 90 % des cancers du poumon.

Tabagisme passif. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les non-fumeurs exposés à la fumée présentent un risque accru d’asthme, de cancer et de maladies cardiovasculaires.

Le vapotage

Le vapotage consiste à utiliser une cigarette électronique qui chauffe un liquide contenant souvent de la nicotine. Certaines puffs contiennent du CBD (cannabidiol)*, une substance naturelle extraite de la plante de cannabis. La cigarette électronique apparaît en 2003 en Chine, créée par Hon Lik. Elle se développe en Europe et en France à partir des années 2010, où elle devient rapidement populaire auprès des jeunes et des adultes.

Pourquoi les jeunes vapotent-ils ? Goûts sucrés et fruités, effet de mode, curiosité, influence des amis et des réseaux sociaux, stress et anxiété… Ils pensent que vapoter et moins dangereux que fumer une cigarette classique (fausse impression de sécurité).

Le protoxyde d’azote

Le protoxyde d’azote (N₂O) est un gaz utilisé en cuisine, en médecine, et parfois inhalé pour ses effets euphorisants. Il est découvert en 1772 par le chimiste Joseph Priestley. Il est utilisé en médecine, notamment pour les chirurgies, et la cuisine, avant d’être détourné par certains jeunes pour ses effets euphorisants. D’ailleurs, c’est à cause de ça que sa vente est interdite aux mineurs en France.

Principaux dangers médicaux. Selon l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), il cause des fourmillements, engourdissements, troubles de la marche, paralysie, carence sévère en vitamine B12 et atteintes neurologiques parfois irréversibles.

Rencontre avec Isabell CHatelain

Isabell Chatelain, infirmière spécialisée en addictologie et chargée de mission prévention, Hauts-de-France Addictions.

Quels sont les publics les plus concernés ? Nous travaillons principalement avec deux publics : les gros fumeurs, pour lesquels l’arrêt du tabac est souvent difficile, et les jeunes, afin d’éviter qu’ils entrent dans le tabagisme ou le vapotage.

Pourquoi le vapotage inquiète-t-il autant ? Beaucoup de jeunes pensent que la cigarette électronique est sans danger. Pourtant, elle peut entraîner une dépendance à la nicotine, une dépendance au geste et une dépendance psychologique. Le vapotage peut aussi constituer une porte d’entrée vers la cigarette classique. Si un jeune ne peut plus utiliser sa cigarette électronique, il peut être tenté de se tourner vers le tabac.

Comment repérez-vous un jeune en situation de dépendance ? Nous discutons avec lui de ses habitudes. Beaucoup disent ne pas fumer alors qu’ils vapotent quotidiennement et fument des cigarettes en soirée. Nous leur demandons comment ils réagissent lorsqu’ils n’ont plus leur produit. Si cela provoque frustration, stress ou besoin de trouver rapidement une solution, cela peut être un signe de dépendance.

Quels produits posent aujourd’hui le plus de problèmes chez les jeunes ? Les principales consommations sont le vapotage, l’alcool et le protoxyde d’azote. On observe également une augmentation des cannabinoïdes de synthèse, de la kétamine, de l’ecstasy et de la cocaïne.

Quels signes doivent alerter les parents ? Les principaux signes sont l’isolement, un changement de comportement, une baisse des résultats scolaires, une demande inhabituelle d’argent, la disparition d’argent à la maison, la découverte de matériel lié à la consommation. Le dialogue reste essentiel.

Les mesures prises en France contre le tabac et la vape sont-elles efficaces ? Oui, elles ont permis de diminuer le tabagisme. Cependant, les industriels développent régulièrement de nouveaux produits pour contourner les interdictions. C’est pourquoi la prévention reste indispensable.

Comment accompagne-t-on une personne qui souhaite arrêter ? L’association oriente les personnes vers les professionnels compétents. Selon les besoins, l’accompagnement peut comprendre des consultations régulières, un suivi psychologique, des traitements de substitution à la nicotine et une hospitalisation si nécessaire.

Quel message adressez-vous aux jeunes ? L’objectif n’est pas de les culpabiliser, mais de les aider à comprendre comment une addiction s’installe. Il faut leur montrer qu’ils peuvent demander de l’aide gratuitement, qu’ils ne sont pas seuls et qu’il existe des solutions. Les témoignages d’anciens consommateurs sont souvent très efficaces, car les jeunes sont particulièrement sensibles à la parole de leurs pairs.

Quel message adressez-vous aux parents ? Ne restez pas seuls face à vos inquiétudes. Plus une prise en charge est précoce, plus les chances d’aider un jeune sont importantes. Les structures spécialisées sont là pour accompagner les familles en toute confidentialité, sans jugement.

À savoir

CSAPA (Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie) accueillent toute personne ayant une addiction (tabac, alcool, cannabis, cocaïne, vapotage, protoxyde d’azote, jeux, etc.).

Les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC) sont destinées aux 12-25 ans et à leurs familles. Elles permettent de bénéficier de conseils, d’un accompagnement médical, psychologique et éducatif, dans un cadre confidentiel.

Les consultations en CSAPA et en CJC sont gratuites et confidentielles. Il n’est pas nécessaire d’être orienté par un médecin pour prendre un premier rendez-vous. Les équipes sont composées de médecins, psychologues, infirmiers, éducateurs spécialisés et assistants sociaux pour proposer un accompagnement adapté à chaque situation.

Où trouver de l’aide en addictologie ?

  • Tabac Info Service : 39 89
  • Drogues Info Service : 0 800 23 13 13 et chat anonyme disponible sur le site de Drogues Info Service.
  • Hauts de France Addictions

Article réalisé par Houda, dans le cadre d’un projet en partenariat avec l’association Amitié Partage.


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