Née en 1981 en Belgique, Sandrine Goeyvaerts est sommelière, caviste, journaliste, enseignante et autrice. Je te vois froncer des yeux : « La Belgique ? Elle perd le Nord, Magali ! » La Belgique, c’est le sang de la veine (minière), comme chez nous !
Comment ai-je croisé ses mots ? Tout a commencé par des échanges réguliers dans le nid de l’ancien oiseau bleu, désormais mort sous X. J’ai vite complété les tweets par les livres.
Après quelques soucis de connexion (Tu es en mute, Lili…), notre visio a été un joli moment d’échange.

Je te rappelle que l’alcool se consomme avec modération. Si tu penses être en difficulté avec ta consommation, contacte un·e professionnel·le de santé.
C’est à lire, à lire, à lire qu’il nous faut !
Chez Hachette Vins, Sandrine Goeyvaerts a publié Jamais en carafe, Perles d’une caviste et Carrément vin, et aux éditions Nouriturfu Vigneronnes, Manifeste pour un vin inclusif et Cher Pinard : Un goût de révolution dans nos canons.

Elle a commencé à écrire sur le vin sur son blog, La Pinardothek, lauréat d’un prix décerné par une revue spécialisée.
« L’idée, c’était […] d’aller chercher le public qui ne lisait pas des publications dédiées au vin, […] de parler de vin autrement, pour décomplexer les gens et faire quelque chose qui soit marrant à lire. »
Sandrine Goeyvaerts, pour Exprime
Avec Sandrine, l’humour n’est jamais loin, férocement mordant et militant. Elle recherche moins le bon mot que la prise de conscience : mettre le nez des gens dans leurs biais et leurs erreurs, c’est de salubrité publique !
Le féminisme, une mobilisation à temps plein
Spécialiste du vin, Sandrine Goeyvaerts est également (et malheureusement) spécialiste du sexisme à l’œuvre dans ce domaine, comme dans le reste de la société. En 2019, elle crée l’association Women Do Wine.
« Je me suis dit : “Puisqu’on ne nous donne rien, prenons tout. On va créer nos propres espaces.” L’idée, c’était de montrer des femmes qui font le vin au sens général : qui le vendent, en parlent, écrivent dessus, travaillent dans les vignes, etc. »

Malmenée par la Covid et dissoute en 2021, l’association a réuni plus de 700 adhérentes dans 15 pays. La trésorerie a été versée à des associations féministes parce que les droits des femmes restent à protéger.
Sandrine a vécu une longue procédure judiciaire, après avoir porté plainte contre un journaliste pour injures sexistes sur Internet.
En première instance et en appel, la justice lui a donné raison. C’est une victoire, mais amère comme un vin qui aurait pris un goût de souris. Sandrine attend toujours que le coupable paie l’amende.
« J’ai fait cinq ans de procédure pour avoir un papier qui dit “coupable”, mais il n’y a pas de peine, il n’y a pas de suivi, il n’y a pas de condamnation sociale ou professionnelle. »
Un problème dE poids : La grossophobie
Comme si être une femme dans un monde macho n’était pas suffisant pour occuper son agenda militant, Sandrine Goeyvaerts est grosse. Gros·se, c’est un adjectif, ni bon ni mauvais. En revanche, la grossophobie, c’est une discrimination très violente.
À celleux qui se permettent des commentaires sur le corps des autres, Sandrine a une réponse très claire :
« Je les emm** ! […] On vit dans une société imprégnée de sexisme, machisme, grossophobie, homophobie : déconstruire tout ça demande une énergie de malade. […] Ce sont toujours les dominé·es qui doivent s’affranchir des chaînes que leur mettent les dominants. On doit expliquer en permanence et d’une manière qui soit suffisamment soft pour ne pas choquer. »
La double peine, en quelque sorte…
Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
En mars 2026, Sandrine Goeyvaerts a publié Cabale. Dans ce polar féministe, des femmes appliquent une justice implacable envers les auteurs de VSS.
« La Cabale repose entièrement sur ce principe : pour obtenir réparation, il faut frapper aussi fort que l’on a été touchée. Concrètement, pour un viol, il faut buter le violeur. »
(p. 27, Cabale)

Ce premier roman explore les violences faites aux femmes : coercition, tone policing, harcèlement verbal, mansplaining, gaslighting, etc.
Pas besoin d’être grand devin pour comprendre que Sandrine s’est inspirée de ses expériences.
« Ça fait 12 ou 13 ans que je milite contre la grossophobie, le sexisme, contre un tas de trucs – et contre les œufs parfaits dans les restaurants, mais ça, c’est encore une lutte qui est invisibilisée. »

L’humour, encore et toujours, indispensable pour tenir le coup et s’attaquer à une oppression systémique.
« Les violences sexistes, c’est un continuum. […] Les violences faites aux enfants sont très intrinsèquement liées aux violences faites aux femmes et aussi aux animaux. Il y a une forme de domination sur des êtres qu’on croit inférieurs. »
Invitée aux Quais du Polar, Sandrine Goeyvaerts a fait un tabac avec Cabale, au point que son éditeur s’est trouvé à court d’exemplaires le premier jour. Pas mal pour une primo-romancière belge que personne n’attendait !
EXPRIME, ça lui fait penser à quoi ?
Sandrine Goeyvaerts s’exprime aussi avec son corps : elle court, elle soulève des poids, elle ne reste pas en place. Ça ne fait jamais de mal de rappeler qu’une personne peut être grosse ET sportive.
« J’ai été courir ce matin. […] Tu n’exprimes rien de l’extérieur, mais il y a plein de choses qui se passent dedans. […] C’est ma manière de bosser : aller marcher ou courir, ça me permet de réfléchir. Une fois que tout est bien en tête, je peux me mettre à écrire. Et dès que je commence, ça va vite. »
Pour suivre son actualité :
Elle publie en juin un Manuel d’économie ménagère et domestique à l’attention des féministes. Second degré et thermostat 6, c’est l’antithèse parfaite du guide de la femme d’intérieur.

Illustration : Lubna Le Bail.
Une belle rencontre
Après chaque échange avec Sandrine, j’ai un album d’Aaron dans la tête, l’envie de porter un toast (avec un soft, c’est possible aussi !) à la vraie sororité et le besoin urgent d’apprendre le kickboxing pour savater encore un peu mieux le patriarcat. Et toi, as-tu lu des textes de Sandrine Goeyvaerts ?
Cet article t'a plu ? Tu aimes Exprime ? Soutiens-nous en faisant un don !

par