Né en 1996 à Tours, Yossérian Geairon vit à Lille depuis 2024. Il est artiste-peintre et écrivain. Et comme il le dit :
« On n’arrête jamais d’être artiste. »
Yossérian Geairon, comme toutes les autres citations de cet article
Comment ai-je croisé ses mots ? Yossérian est l’une des excellentes plumes d’Exprime. De discussions en cookies au chocolat, j’ai appris qu’il avait publié un livre.

Faire taire le langage
En parallèle de ses études aux Beaux-Arts de Tournai, Yossérian a écrit L’art e(s)t vous, réflexion personnelle autoéditée qui interroge la meilleure attitude à adopter face à une œuvre. Et plus précisément face un tableau, car Yossérian Geairon a surtout travaillé la peinture pendant son parcours étudiant.
Sur son site, on retrouve aussi des natures mortes photographiées.

20 quar – 708×903

5bis – 708×512
Quel est donc le propos de sa réflexion dans L’art e(s)t vous ?
« J’aime bien invoquer le silence et ne pas faire intervenir trop vite les mots qui nous évoquent ensuite une position assez cérébrale de la chose. Donc une attitude assez intuitive, assez spontanée. »

Une image a des choses à nous dire et elle ne le fait pas avec des mots. À nous d’écouter, au moins dans un premier temps, ce qui échappe au vocabulaire.
On a tout le temps, ensuite, pour intellectualiser ce qu’on a ressenti et éprouvé face à l’œuvre.
Renvoyer aux images et dépasser le reflet

Jaune Rouge – 106×1024
Dans ses toiles, Yossérian Geairon laisse une place majeure aux formes épurées et aux grandes masses de couleurs. Il n’a pas choisi le papier ou la toile pour ses peintures, ni le carton qu’il a longtemps utilisé pendant ses études d’art, mais le plexiglas. On imagine davantage ce matériau dans les travaux de construction que dans les galeries d’art, mais l’artiste nous explique sa démarche.
« Je ne peignais pas sur le plexiglas, mais en dessous, et il y a un jeu de reflets : le spectateur se reflète sur le plexiglas et il doit chercher au-delà de son reflet pour trouver la couleur que j’ai peinte derrière le plexiglas. »

Rose Or – 768×710
Une fois encore, il s’agit d’aller au-delà de ce qu’on croit immédiatement saisir et comprendre. La personne qui regarde l’œuvre est invitée à se demander ce qu’elle voit vraiment. Dans les plexiglas couverts d’un film dichroïque*, elle voit des images qui changent. Elle est actrice, presque créatrice de l’œuvre qu’elle contemple. Mais en fait, qui fait face à qui ?
« Il y avait trois épaisseurs : la peinture, le plexiglas et le film. Si bien que le spectateur est garant de ce qui se passe au sein du tableau. En fonction de sa position, la couleur change et la structure du tableau se modifie. »
* Toute chose qui peut prendre une couleur différente selon l’angle sous lequel on la regarde
Découvrir des œuvres en aveugle
Yossérian Geairon nous confie qu’il redécouvre depuis peu le plaisir d’aller au théâtre, mais sans lire les résumés avant de voir les pièces. Une fois encore, il s’agit de ne pas mettre la charrue des mots avant la sensation artistique et d’accepter de se laisser surprendre.
Son dernier choc, c’est Possession, œuvre mêlant théâtre et danse, créée par la compagnie Zone Poème. Au 17e siècle, des religieuses lilloises du couvent des Brigittines sont accusées de sorcellerie et d’être possédées par le Diable.
« Au début, tu te dis que tu viens pour te détendre, et en fait, pas du tout. […] Je me suis dit que le théâtre, c’est aussi ça. J’en ai pris plein la tête. […]. L’art de la scène est incroyable : il mélange tout, c’est presque l’art total. »
En écoutant Yossérian, on comprend que la pièce fait écho à des pratiques misogynes et patriarcales tristement actuelles.
Redonner leur place aux mots
Sans l’abandonner, Yossérian Geairon a mis la peinture en stand-by. Même si son œuvre picturale et son premier texte invitent à ne pas laisser le langage envahir l’espace, il se consacre actuellement à l’écriture. Évidemment, il y a ses articles pour Exprime, dans le média numérique et le journal papier qu’il aime distribuer à vélo dans son quartier. Yossérian a aussi achevé un manuscrit qu’on a eu la chance de relire. Les maisons d’édition feraient bien de s’y intéresser…
Son projet du moment est intrigant et on a hâte d’en savoir plus.
« Je peaufine un ouvrage qui n’a rien à voir, un protocole avec des formules mathématiques qui tend à calculer la masse du silence. »
Yossérian Geairon pose donc des mots sur l’absence de mots et de son en général. Ici, pas question d’édition. Il a l’ambition de faire référencer son texte à la Bibliothèque nationale de France, puis de le rendre accessible à tous·tes.
« Ce serait une ressource libre, gratuite, accessible à tout le monde. Les gens pourront ensuite calculer la masse du silence chez eux. »
EXPRIME, ça lui fait penser à quoi ?
Pour Yossérian Geairon, il s’agit de relever un pari : la parole que l’on exprime sera écoutée, qu’elle soit écrite, peinte ou sous n’importe quelle forme.
« S’exprimer, pour moi, c’est prendre le risque de faire sortir ce qui ne devrait pas s’imprimer en nous. S’exprimer, ça ressort d’un besoin. Mais on perd aussi le monopole d’une parole qui, d’un coup, ne nous appartient plus puisqu’elle est dans l’espace public. »

Polychroisme – 1536×1024
Garder le silence pour mieux se faire entendre
Au terme de l’entretien avec Yossérian Geairon, on entend un peu plus fort la voix des couleurs et on demande aux mots de se montrer un peu patients pour nous permettre de regarder en silence.
Et toi, as-tu lu le texte ou vu les œuvres de Yossérian Geairon ?
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