Le « front de libération des nains de jardin » #2 : quand les artistes s’en mêlent

Nous parlions il y a quelques jours du FLNJ (“Front de libération des nains de jardin”), ce mouvement autant inattendu qu’absurde qui a rythmé les éditos de la presse locale pendant plusieurs années. Ces “voleurs” de nains de jardin ont amusé les lecteurs et apeuré les propriétaires de nains.

Cette histoire s’est diffusée entre les générations, notamment grâce à un prof d’histoire qui, au Lycée Alain à Alençon, racontait chaque année cette épopée le sourire en coin et la larme de rire à l’œil. Il s’y était intéressé de près, allant jusqu’à suivre les procès qui ont inévitablement eu lieu. Il décrivait alors les files de propriétaires qui, au tribunal, racontaient leur mésaventure. Une scène qui selon lui, était “aussi attendrissante qu’hilarante”.

Ce qu’il n’expliquait pas en revanche, c’était l’ampleur internationale du phénomène, et surtout, son impact sur la culture populaire. C’est sur ce dernier point que nous allons nous étendre aujourd’hui pour conclure cette mini-série.

Des HISTOIRES INSPIRANTES

Pour rappel, le FLNJ est né en 1996 à Alençon et a été projeté sur la scène nationale l’année suivante. Le FLNJ se mêle à une histoire plus ancienne, très présente dans les pays anglo-saxons, celle des “nains voyageurs”. Cette tradition qui remonte aux années 70 et qui consiste à prendre un nain et le photographier à l’autre bout du monde, c’est le cas de Henry Sunderland, peut-être à l’origine du mouvement.

Que ce soit à cause de la diffusion du FLNJ ou du souvenir des nains voyageurs, cette blague a inspiré de nombreux artistes et la période 1996-20210 a été le point d’orgue de la représentation des nains de jardin dans le monde culturel. Musiques, films, pubs… : tout y est passé.

En 1997 sort un film britannique, The Full Monty, qui relate la fermeture d’usine dans le nord de l’Angleterre. Désemparés, les ouvriers décident de monter un groupe de Chippendales. Ce film contient une scène qu’on peut difficilement dissocier du FLNJ tant les dates concordent.

En 1998, on découvre la pub pour Hollywood Chewing Gum. Dans celle-ci, un nain prend vie et décide de rejoindre la forêt, ceci fait largement écho aux méthodes du FLNJ présentées dans les journaux.

Mais c’est surtout au début des années 2000 que le nain de jardin se fait un nom dans la culture pop, à travers des films et des musiques extrêmement populaires.

En film, on ne peut que parler du célèbre Fabuleux destin d’Amélie Poulain, coécrit et réalisé par Jean-Pierre Jeunet. Ce film au succès mondial (32 millions d’entrées), fait se succéder des faits divers récoltés les années précédentes. C’est ainsi que l’on retrouve une scène faisant apparaître une “libération” de nains de jardin.

Enfin, c’est surtout en musique que le FLNJ fait parler de lui. À noter que les différentes chansons prennent souvent le contrepied de l’idéal FLNJ, mettant en avant, avec plus ou moins de dérision, les personnes à qui on vole des nains.

Ainsi, Renaud, dans Mon nain de jardin en 2002 met en chanson la tristesse d’une vie en pavillon dont le nain de jardin est parfois la seule petite lueur de plaisir.

Dans un style plus rock et plus absurde, le groupe Les Betteraves considère que le “FLNJ avait tort” car selon eux, les nains de jardin sont plus heureux auprès de leur propriétaire.

Enfin, Merzhin, en 2000, présente un vol de nain du point de vue d’un propriétaire, désemparé par cette expérience. Ce tube fait le succès du groupe avec plus d’un million d’écoutes (et c’est une chanson incroyable).

DES HISTOIRES INSPIRÉES

Mais au-delà des artistes qui ont repris à leur compte les histoires relatées dans la presse, la création artistique vient surtout de chaque groupes associés au FLNJ. Ceux-ci ont créé de véritables histoires de “libération” que ce soit à l’écrit ou en vidéo. Ils ont su faire preuve d’une imagination sans borne pour compléter la mythologie créée aux débuts du groupe à Alençon. Pour preuve, le nombre d’histoires, bien rodées, que nous avons reçu lors de la création sur Reddit d’un thread pour récolter des témoignages. Tous ont leur petite histoire, leur petite interprétation de l’idée initiale, et tous ont, de cette époque, un souvenir nostalgique. L’un d’eux nous laissa même une archive personnelle de cette époque, qu’il a gardé 25 ans chez lui.

Les histoires sont innombrables et ont pour beaucoup été perdues, pour autant, le vieux site flnjfrance.com nous laisse entrevoir un puits sans fond d’histoires absurdes d’une jeunesse en quête d’un petit frisson d’aventure.

esprit potache ou mépris de classe ?

De nombreuses personnes se sont demandées comment caractériser ces “libérations”. Deux points de vue s’affrontent : d’un côté, les familles pavillonnaires qui voient leurs nains disparaître du jour au lendemain, avec tristesse. Et de l’autre, des jeunes qui s’amusent à pousser une blague toujours plus loin.

Il est vrai que certains vols s’opposaient frontalement au kitch et au “mauvais goût” des décorations pavillonnaires et, par transfert, s’opposaient à ces classes, plutôt populaires. Mais les libérations ont toujours été vues comme une façon d’intégrer les propriétaires à la blague. Le fait de laisser un petit message à ceux-ci les invitant à venir chercher leur nain en forêt, c’est aussi essayer de leur faire vivre une aventure. C’est le cas d’Amélie, dans son film, qui utilise le nain de jardin comme une incitation, pour son père, à voyager, à suivre l’exemple de son nain.

Aujourd’hui, le FLNJ a largement disparu, mais l’histoire nous montre qu’il pourrait à nouveau renaître…


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