Du détournement de fonds de Marine Le Pen aux ambitions de Donald Trump, en passant par la sexualité et les clichés, les humoristes du festival Lillarious font du Théâtre Sebastopol, le miroir de nos sociétés.
« Cette soirée elle est faite pour que tu oublies tous tes problèmes. »
Samuel Bambi, humoriste et maitre de cérémonie
5e édition : talents et diversité
Les lumières s’éteignent. Sur les applaudissements et les cris du public, trois silhouettes apparaissent en hauteur : un homme en smoking, entouré de deux jeunes femmes en tenue de cabaret. Ils descendent sur scène au rythme des claquements de doigts et des faisceaux lumineux. « Cette soirée elle est faite pour que tu oublies tous tes problèmes », lance Samuel Bambi, l’host de la soirée. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un acteur et humoriste français, actuellement danseur auprès d’Ana Riera sur le plateau de Danse Avec Les Stars 2026. Il installe le ton et prépare le public à ce qui va suivre.
Treize artistes ont performé pour la 5e édition du festival, dont deux jeunes talents : le Gabonais Marien S et le Lillois Clemzer, qui ont ouvert le show. Ils ont été repérés à travers les éditions « La relève by Montreux », organisées partout dans le monde pour découvrir de nouveaux talents. Derrière cette sélection, il y a une vision et un projet plus vaste qui structurent le festival.

C’est Grégoire Furrer qui est à l’initiative du festival Lillarious. Le fondateur du Montreux Comedy Festival a décidé d’exporter le concept en France.
Dans la même dynamique, la deuxième édition des Auguste de l’humour a eu lieu le 2 février 2025 à Lille. C’est « la seule cérémonie qui récompense et met en lumière la diversité, le talent, l’engagement des artistes et producteur. ices », selon leur compte Instagram. Produite par La Communauté de l’Humour et orchestrée par 58 votants soit un jury paritaire issu du domaine humoristique, cette cérémonie reconnaît l’humour comme une discipline à part entière. Ces évènements apportent plus de visibilité et de crédibilité à la scène francophone. Au-delà de la scène et des récompenses, ce festival s’inscrit dans un contexte plus large : il questionne la liberté d’expression.
humour et politique, le mariage
D’après une étude de l’Ifop, 62% des Français estiment qu’aujourd’hui en France, on ne peut pas rire de tout et 31% des Français pensent que les humoristes doivent éviter certains sujets à cause des conséquences possibles. Pourtant, sur cette scène, on rit de tout. Les artistes placent l’autodérision au cœur de leurs sketchs, se réappropriant des clichés discriminatoires pour en rire. Marien S ouvre le spectacle avec une représentation des Africains comme « professionnels du détournement de fonds » tout en taquinant Marine Le Pen, critiquant son refus d’accueillir les étrangers en France par qui elle « pourrait être formée », en référence à sa condamnation pour détournement de fonds publics.
La députée d’extrême droite n’est pas la seule personnalité visée. Sara Connard et Elsa Barrère font également référence à des figures problématiques telles que Jean-Marc Morandini, évoqué plusieurs fois sur scène et récemment condamné pour « corruption sur mineur » tout en restant à l’antenne de CNews, l’acteur et réalisateur Roman Polanski, accusé à plusieurs reprises de viol sur mineure, ainsi que Ary Abittan, également accusé de viol. Évoquer leurs noms permet de libérer la parole sur des sujets aussi sensibles que la pédophilie et les agressions sexuelles, des thèmes lourds, pour lesquels la justice représente un combat pour les victimes.
Dans ce contexte, où l’Affaire Epstein refait surface et où un récent scandale touche Lille, ces sujets sont des enjeux de société majeurs. La question de savoir s’il faut séparer l’homme de l’artiste, bien que moins présente dans le débat public, prend tout son sens face aux polémiques qui entourent de nombreux artistes. Certains humoristes semblent y répondre « non ».
Après les scandales nationaux, les artistes s’intéressent à l’actualité internationale avec le même humour, notamment aux revendications de Donald Trump, comme sa volonté d’acquérir le Groenland. Pour jouer avec cette absurdité, Samuel Bambi se donne pour objectif qu’après la soirée, Trump se dise : « C’est Lille que je veux ». La capitale du Nord devient alors un sujet à part entier : ses habitants sont gentiment moqués à plusieurs reprises pour leur alcoolisme, leur consanguinité supposée et le ciel gris presque permanent qui survole la ville, tout en étant également célébrés pour leur belle humeur.
Parfois, l’humour prend un tour plus intime. Les artistes explorent des aspects personnels de leur vie tels que l’homosexualité, le harcèlement, les origines et le rapport à la sexualité.
« Oui, je suis une fille facile. »
Fiona G, humoriste
Pour Fiona G, la sexualité n’est pas un tabou. Elle se réapproprie ce sujet, souvent jugé différemment pour les femmes et les hommes. Devant un public de tout âge et de tous sexes, la jeune artiste renverse les stéréotypes : avoir de nombreux rapports sexuels en tant que femme ne devrait ni choquer ni être insulté. Son discours met en avant la liberté sexuelle et le refus de se conformer aux critiques.
Ce mélange d’intime et de politique montre à quel point la scène humoristique est un miroir de nos sociétés. Pour le cas du Lillarious festival, de nombreux sujets d’actualité ont été évoqués, de quoi en rire, ou s’y intéresser de plus près. La 5e édition du Lillarious festival s’est déroulée du 30 janvier au 8 février, on continuera de suivre certains artistes coup de cœur, et on sera au rendez-vous pour 2027.
Cet article t'a plu ? Tu aimes Exprime ? Soutiens-nous en faisant un don !

par