Yayoi Kusama : la femme derrière les pois

Yayoi Kusama est une artiste contemporaine japonaise avant-gardiste née le 22 mars 1929 à Matsumoto et morte le 14 août 2026 à Tokyo. Peintre, sculptrice, performeuse et écrivaine, cette artiste est mondialement connue pour ses œuvres colorées aux motifs de pois.

Elle ne naît pas artiste, elle le devient

Dès l’enfance, Yayoi Kusama a été sujette à de nombreuses hallucinations. Elle a appréhendé l’art en peignant notamment des fleurs dans les champs. Elle suit des études artistiques à l’école secondaire supérieure de Hiyoshigaoka où est enseignée la peinture moderne et traditionnelle japonaise. Yayoi Kusama déclara plus tard s’être senti étouffé par la discipline artistique classique, raison pour laquelle elle s’est tournée vers l’art occidental.

Ses parents s’opposent à sa carrière artistique, celle-ci étant un choix peu commun à son époque pour une femme dans la société japonaise patriarcale. Elle quitte le Japon pour les États-Unis et participe à des mouvements artistiques tels que le Pop Art et le Psychédélisme. Elle fréquente ainsi Andy Warhol et Marc Rothko.

Portrait, par Yayoi Kusama, Guggenheim Bilbao, 2015

Pour plus de détails, n’hésite pas à lire l’article de Marion sur cette artiste.

La thérapie par l’art

Aux États-Unis, Yayoi Kusama développe un art où elle dévoile ses troubles psychiques et s’inspire de ses hallucinations qui prennent une forme ronde et se multiplient dans l’espace. Si l’artiste est si obsédée par les points, c’est que leur apposition lui permet notamment de soigner ses hallucinations. En répétant ce même motif, elle se délivre de la peur de cette forme. Sa création est ainsi catharsis.

Pour elle, le point représente également l’individualité. Aussi énigmatique soit-il, elle reproduit ce même motif pour étendre la particularité. Toutefois, en contrepartie, le point se fond dans la masse des autres points qui lui sont identiques.

« Ma vie est un pois perdu parmi des milliers d’autres pois… »

Yayoi Kusama, Manifeste de l’oblitération, 1960

Entre polka-dots et cat-walks

Outre son œuvre, ce que cette artiste nous évoque, c’est surtout sa force de caractère et son audace. Par exemple, en 1966, Yayoi Kusama participe à la biennale de Venise sans y être invitée et sans autorisation. Aidée par Lucio Fontana, elle déverse dans les canaux 1 500 boules miroitantes devant le pavillon italien et présente ainsi l’œuvre Narcissus Garden. Elle y retourne en 1993, officiellement invitée pour représenter le Japon.

De sa maladie mentale naissent les Infinity Mirror Rooms et de nombreuses œuvres mondialement connues. Elle travaille également sur de nombreux projets de mode. En 1968, l’artiste fonde la maison de couture Kusama Fashion Company Ltd. Rapidement, ses collections se vendent dans des grands magasins new-yorkais. Yayoi Kusama utilise le vêtement comme un outil de communication et un nouveau support de son art. Par la suite, elle collabore avec de nombreuses marques de luxe comme Lancôme et de prêt-à-porter comme Uniqlo.

Artwork by Yayoi Kusama. Photo : Susanne Nilsson

Yayoi Kusama : « boss lady »de l’art moderne

C’est son travail avec Marc Jacobs en 2006, alors directeur de la maison Louis Vuitton, qui est le plus marquant. Après la collection de sacs à pois “Louis Vuitton Ellipse Bag”, les deux créateurs retravaillent ensemble en 2012 sur une collection de prêt-à-porter pour femmes. Onze ans plus tard, en 2023, Louis Vuitton relance une collaboration avec l’artiste, qui a un retentissement international grâce à sa campagne de publicité. Des sculptures géantes et des automates grandeur nature de Yayoi Kusama peignent des pois multicolores sur les différentes vitrines des boutiques Louis Vuitton.

Yayoi Kusama n’est pas qu’une artiste malade, c’est avant tout une remarquable business woman, particulièrement douée en communication. Elle était avant-gardiste et ses œuvres militent contre la domination patriarcale.

Un bouquet de Japon dans le Nord

Depuis plusieurs années, partout dans le monde, des musées renommés organisent des rétrospectives de l’œuvre de Yayoi Kusama. Et si tu penses qu’un musée est forcément un bâtiment fermé, détrompe-toi ! Certaines œuvres de l’artiste japonaise sont exposées en plein air, comme à Lille !

En 2004, Lille était capitale européenne de la culture. À cette occasion, la Ville a commandé une œuvre extérieure à Yayoi Kusama. En traversant la place qui sépare les gares Lille-Flandres et Lille-Europe, impossible de manquer les trois gigantesques fleurs colorées, couvertes des pois caractéristiques de Yayoi Kusama, qui se dressent vers le ciel.

Haute de sept mètres, cette sculpture monumentale s’intitule Tulipes de Shangri-La et renvoie à un lieu fictif qui symbolise un idéal d’harmonie. Les fleurs sont des structures en acier tubulaire couvertes d’un matériau composite (ciment et verre) et peintes de laques brillantes.

Trois fleurs, disions-nous… Pourquoi n’y en a-t-il que deux ci-dessus ? En septembre 2025, la tulipe rose a accidentellement été endommagée. La fleur a été retirée et la tige est sous bâche, dans l’attente des travaux de restauration. Le chantier concerne l’intégralité de l’œuvre : construction d’une nouvelle corolle pour remplacer celle qui a été dégradée, restauration de la tige abîmée, diverses reprises sur toute la sculpture et remise intégrale en peinture. La nouvelle tulipe sera donc installée en début d’année 2027 : une nouvelle éclosion pour ce bouquet flamboyant devenu incontournable à Lille !

 Artiste inclassable, femme militante, repose en paix Yayoi Kusama.

Article coécrit par Lydia et Magali.


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