Et si nous nous intéressions à cet endroit que nous traversons au quotidien et que nous aimons tant détester ? C’est ce que fait Capucine Delattre dans son ouvrage Vingt minutes sous la terre publié en 2025 aux éditions La ville Brûle.
Un miroir déformant
Avec Vingt minutes sous la terre, Capucine Delattre écrit son premier essai, se basant sur des travaux académiques mais aussi des références populaires et des expériences personnelles teintées d’humour. Ce sujet d’études n’est pas rare en sciences sociales, le métro est un terrain propice à l’analyse des dynamiques sociales ou encore de l’organisation urbaine. Cependant, un regard contemporain sur cette thématique qui anime notre quotidien est toujours le bienvenu.
L’ethnologue Marc Augé qualifiait déjà le métro de « miroir de notre société » dans son ouvrage Le Métro revisité publié en 2008 aux éditions Seuils. Il insinuait ainsi que le métro reflète la diversité sociale de la ville, mais aussi l’évolution de nos sociétés à travers nos pratiques dans ce transport.
Capucine Delattre va plus loin dans son analyse en insinuant que le métro ne contente pas de refléter notre société mais nous propose un panel d’expériences qui en sont sa prolongation.

Elle prend ainsi l’exemple du métro Montréalais réputé à l’international pour être un espace de vie souterrain à part entière. En réalité, Montréal comprend simplement davantage de tunnels qu’une ville classique, mais ils ne permettent pas de se passer de toute sortie à l’air libre. Le métro est donc aussi utilisé comme outil politique pour alimenter une image de la ville qu’il occupe. Qu’il s’agisse d’architectures, de publicité ou d’efficacité technologique, le métro devient un espace où l’urbain et le politique s’entrelacent.
Un imaginaire négatif
Rares sont les personnes qui décrivent positivement leur expérience dans le métro. La plupart des citoyens et citoyennes se plaignent de ses retards, de ses rames bondées ou de ses odeurs nauséabondes. Si ces problématiques sont réelles et méritent d’être prise en compte, Capucine Delattre tente de nuancer cette image négative. Par exemple, on reproche souvent au métro de ne pas être suffisamment adapté aux personnes en situation de handicap, alors même que ce manque d’accessibilité se retrouve aussi dans les rues, les magasins, les lieux publics tels que les écoles et de manière générale dans tout espace constituant notre société.
Un point négatif majeur qui est relevé dans l’expérience du métro, réside dans la violence à laquelle il expose ses usagers. Selon une étude menée en 2021 par l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne (T. Dos Santos et O. Toygar), le sentiment d’insécurité dans les transports en communs est assez important et touche davantage les femmes : 51% d’entre elles relatent cette insécurité contre 38% des hommes.
Capucine Delattre nous explique que si ces violences sont bien réelles, le métro n’est pas plus violent par essence qu’un autre lieu ou que le reste de la société. Cependant, c’est un lieu clos, ce qui fait que chaque incident est ressenti plus intensément. Ainsi, les scènes de violence, les incivilités ou les comportements agressifs s’imposent directement aux usagers, alors même que dans un espace ouvert, on pourrait plus facilement s’en détacher ou s’en éloigner.

Si le métro, en tant qu’espace clos, concentre notre attention sur les incidents et accentue la perception d’insécurité, Capucine Delattre tente de nous faire percevoir la beauté du métro en prêtant attention à ses couleurs, ses reflets et aux mouvements des corps. En nous invitant à percevoir la beauté à travers l’ordinaire elle nous permet aussi d’envisager le design de ce lieu comme quelque chose d’important dans sa conception. Le métro n’a pas à être uniquement fonctionnel, il peut être beau, agréable et spacieux, et tout cela dépend des choix sociaux qui sont faits à son égard.
Et alors qu’en est-il de notre métro lillois ?
Ilévia, le réseau de transport de la métropole lilloise se déploie sur deux lignes couvrant une longueur totale d’environ 45 kilomètres et 60 stations, il est le plus long réseau français en dehors de Paris. La ligne 2 du métro va jusqu’à la station CH Dron à Tourcoing, qui se trouve à environ 1 km seulement de la frontière belge.
Contrairement à beaucoup de métros qui gravitent surtout dans une seule ville, celui de Lille dessert directement plusieurs villes importantes : Roubaix, Tourcoing et Villeneuve-d’Ascq. L’idée politique dans les années 1970-1980 était de créer un métro pour toute la métropole, pas seulement pour Lille.
Le 14 février 2026 ce sont les nouvelles rames du métro qui sont mises en service, répondant à un engagement d’une décennie. Chaque nouvelle rame de 52 mètres pourra accueillir jusqu’à 313 personnes contre 156 en moyenne pour les rames actuelles de 26 mètres.

Certaines stations sont particulièrement emblématiques pour leur dimension artistique et culturelle fortes. On peut citer la station République–Beaux‑Arts, conçue par l’architecte Gilles Neveux, qui se distingue par un cratère central laissant pénétrer la lumière naturelle jusque dans la station. On y retrouve des reproductions et sculptures comme Les Muses d’Armand Debève ou Spartacus de Denis Foyatier. Ces choix décoratifs font presque de la station une prolongation du musée Palais des Beaux-Arts, et ne manquent jamais d’émerveiller les passants.
Autre station emblématique : la Gare Lille‑Europe, sur la ligne 2, qui accueille la fresque monumentale Piranésienne de Jean Pattou, rélisée en 2000. Cette œuvre colorée mêle des monuments emblématiques du monde entier à des symboles locaux de Lille, créant un décor immersif impressionnant pour les usagers.

Enfin, plus controversée, on retrouve les poissons de Montebello. La station dispose en effet de 4 aquariums encastrés dans les murs des quais, une décoration sujette à de nombreuses critiques. En effet, les conditions de vie des poissons sont jugées non éthiques par des associations de protection animales et ont donné lieu à des pétitions demandant leur retrait. L’absence de lumière naturelle, le bruit constant du métro ainsi que le comportement de certains usagers tapant sur les vitres exposeraient les animaux à une source de stress permanent.
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