Alger la blanche, ville de résistance

Alger, capitale de l’Algérie, le plus grand pays d’Afrique. Quand on entend ce mot, on pense à beaucoup de choses : ça peut aller du couscous, à la mer mais encore au fameux one, two, three, viva l’Algérie ! scandé par les Algériens à la première occasion. Alger est, en réalité, la croisade de beaucoup d’événements qui ont marqué le pays.

La colonisation

La mer Méditerranée sépare la ville de l’océan. Le port d’Alger était un lieu stratégique et réputé pour sa flotte maritime. Elle fut anéantie quand Alger accepta de prêter main-forte aux Ottomans lors de batailles contre l’Espagne en leur envoyant la flotte. C’est bien son absence qui laissa Alger sans protection contre les soldats français envoyés par Charles X en 1830.

Le 30 avril 1827, le Dey d’Alger, Hussein ibn Hussein, reçoit Alexandre Deval, neveu du consul de France Pierre Deval. Excédé par son refus méprisant de payer les dettes de la France concernant l’achat de blé à des marchands algériens pendant la révolution française, le Dey aurait frappé ce dernier avec son éventail ou chasse-mouches : c’est le fameux coup de l’éventail.

Diverses versions existent à ce sujet : certains disent que le Dey aurait simplement utilisé son éventail pour se calmer, un acte qu’Alexandre Deval aurait perçu comme insultant.

Le Dey d’Alger et Deval

Charles X en profita pour commencer l’expédition d’Alger et les soldats français débarquèrent en Afrique du Nord via le port d’Alger, en 1830. Petit à petit, les colons français, aussi appelé pieds-noirs pendant la colonisation, commencèrent à arriver sur le territoire.

Les terres des indigènes algériens furent confisquées et données aux pieds-noirs, qui détruisirent les anciennes habitations algériennes pour construire le Quartier Européen. Aujourd’hui, il constitue une bonne partie du centre de la ville.

©Sophia L

Un Peuple autochtone

Aujourd’hui, le centre de la ville est un mélange entre bâtiments Haussmanniens, la Casbah et les différentes constructions algériennes précoloniales. La Casbah est le centre historique d’Alger : inscrite au patrimoine de l’UNESCO, son existence remonte au IVe siècle av. J.-C. Elle a été créée par les Imazighen (pluriel de Amazigh), peuple autochtone (donc premiers habitants) de l’Afrique du Nord.

Si la plupart des habitants du Maghreb (Maroc, Algérie, Libye, Tunisie, Mauritanie et une partie de l’Egypte) s’identifient aujourd’hui comme Arabes, ils sont en réalité les descendants directes des anciens Lybiens (ancêtres des Imazighen), qui ont été arabisés suite à la propagation de l’Islam au VIIe siècle. La Casbah est le vestige des différentes civilisations qui ont occupé ou visité l’Afrique du Nord, dont les Phéniciens et les Ottomans.

La casbah, centre historique de la ville

Autrefois, la Casbah occupait une place centrale dans la vie de la ville. Elle était le palais du Dey et de sa famille. Elle est toujours habitée, et offre une superbe vue sur la ville et la baie d’Alger à partir du restaurant qui y a été ouvert dans un de ses bâtiments.

Lors de la guerre de libération nationale contre la France, elle a joué un tournant décisif en abritant des révolutionnaires. Un musée y est situé dans la maison qui servait de cachette aux martyrs Ali Ammar (aussi nommé Ali la Pointe), Hassiba Ben Bouali, Omar Yacef (Petit Omar), et Mahmoud, un autre combattant. La police coloniale, à la recherche d’Ali Ammar, a fini par découvrir cet endroit. Elle y plaça une bombe qui explosa et tua les quatre martyrs.

Personne n’a jamais su comment la police coloniale a pu trouver la cachette d’Ali Ammar. Les accusations ont été portées sur Yacef Saâdi, oncle de Omar Yacef et combattant du FLN (Front de Libération National). Il avait participé à la guerre d’indépendance. Zohra Drif, une autre révolutionnaire a été accusée d’avoir dénoncé la cachette. Les révolutionnaires algériens étaient régulièrement torturés (les femmes violentées) pendant les interrogatoires infligés par l’Armée Française.

La Bataille d’Alger, film algéro-italien réalisé par Gillo Pontecorvo en 1966, soit 4 ans après l’indépendance de l’Algérie, narre justement l’histoire d’Ali Ammar et le point culminant de sa mort dans la Casbah. Yacef Saâdi a joué, comme relaté dans le journal L’Orient-Le-Jour, « son propre rôle » dans le film. En France, le film a été censuré pendant plusieurs décennies.

Affiche du film La Bataille d’Alger, réalisé par Gillo Pontecorvo (1970)

La mémoire

Les étrangers qui visitent Alger disent qu’elle est un musée à ciel ouvert. On est souvent frappé par son mélange de cultures. Les rues de la ville racontent d’elles-mêmes l’histoire du pays. Les Free Palestine et les symboles des Imazighen colorent plusieurs murs et bâtiments. Parfois, on entend de la musique et des tambours quand on se balade dans la ville.

Plusieurs rues portent désormais les noms des Algériens qui se sont sacrifiés pour leur pays pendant la guerre. La place Audin, en plein centre-ville, porte d’ailleurs le nom d’un de ses martyrs : celui de Maurice Audin. Le Monde relate que Maurice et son épouse Josette, tous les deux pieds-noirs, étaient différents des autres civils français. Ils aimaient l’Algérie, sa culture et ses habitants.

La place Audin
La place Audin ©Sophia L

En 1957, Maurice Audin disparaît. Il a, en réalité, été kidnappé, torturé puis tué par l’armée française. Son épouse, Josette, a toujours demandé à connaître la vérité quant à la mort de son époux. C’est L’Affaire Maurice Audin : en 2018, Emmanuel Macron reconnaît l’implication de l’État Français dans la mort de Maurice Audin.

Une chose est sûre, cette ville nommée Ikosim ou Icosium dans l’antiquité restera à jamais marquée par les souvenirs de la guerre.

Aller plus loin :
Le coup d’éventail… à la vérité historique
Retour sur l’expédition d’Alger : les faux-semblants d’un tournant colonialiste français
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