Résister et faire alliance dans l’associatif

En 2009, Sandrine Courtial découvre le monde associatif et la force du collectif. Après plusieurs années, elle se questionne : que se passe t-il dans ce monde et pourquoi les gens vont si mal ? Elle remonte alors le cours de l’histoire et en apprend plus sur les communautés de résistance. Rencontre avec Sandrine Courtial et sa conférence gesticulée Les associations peuvent-elles changer le monde ?

Se souvenir

Historiquement, la forme associative est veille de plusieurs siècles avec des personnes qui s’associent pour penser et agir ensemble. On retrouve les premières traces de ces formes associatives dès l’Antiquité. Au Moyen-Âge, on parle de compagnonnage, l’organisation se fait par corps de métier. C’est presque les premiers syndicats. En 1789, on rêve de droits et de liberté, mais on interdit les associations de personnes. En 1791, les ouvriers créent leurs organisations illégales. Et en 1901, l’État cadre le tout avec une loi qui définit ce qu’est une association. Bref, l’État encadre la solidarité.

Extrait photo de la conférence gesticulée de Sandrine Courtial. Photo : Jeanne

S’engager dans une association ce n’est pas toujours une histoire de lutte, c’est avant tout pour créer du lien social. Pour Sandrine, c’était l’envie d’être utile. Côté profil, les premier·es à s’engager sont les retraités et étudiant·es, car ça demande du temps. Sandrine, elle, a arrêté de faire du bénévolat quand elle est passée salariée d’une association : «le monde du travail a pris toute mon énergie, surtout quand tu bosses dans le milieu asso». Bref, notre temps est volé.

« Il y a beaucoup de gens qui doivent choisir leur camp. Je vois bien qu’on s’est fait niquer par ce système, les gens qui ont un crédit sur le dos, qui ont des gosses. Je vois bien que tu peux pas faire ces choix là. Il va falloir sacrifier des trucs je crois. »

Sandrine Courtial

Peut-être que finalement la vraie question est : comment changer un monde qu’on ne comprend pas ?

Retrouver du plaisir

« Il y a des lieux qui ferment et ça crée de la sidération. Ça nous pousse à se soumettre plutôt qu’à résister. »

Sandrine Courtial

Les salariés des associations sont fatigués et les bénévoles font des burn-out. Il y a même un terme pour ça et on trouve ça fou : le burn out militant, quand une personne engagée pour une cause est en état d’épuisement. Les directions et les conseils d’administration ont peur et ne suivent pas toujours.

On continue de jouer le jeu des appels à projets, des «usines à projets». Et qu’est ce qu’on observe ? Les associations qui arrivent à tenir sont celles qui ont suffisamment de salariés pour remplir les appels à projets, quitte à renouveler l’équipe tous les 3 ans car tout le monde part en burn out : « on est allé si loin dans la professionnalisation de nos associations qu’aujourd’hui, on a tout à perdre ».

Les conditions de travail sont souvent compliquées, car peu de moyen, pour un salaire en moyenne moins élevé que dans le secteur privé ou public. Et parfois ce sentiment de désillusion… Selon le sociologue Simon Cottin-Marx (C’est pour la bonne cause, éd. de l’Atelier, 2021), travailler pour une bonne cause peut repousser la question du bien être au travail au second plan. Alors, une fois le constat établi, est ce qu’on se déciderait pas, enfin, a affronter le boss ?

Pour Sandrine Courtial, résister c’est ne pas subir : «résister ça veut dire qu’on se sent capable d’agir sur notre propre vie». Elle propose de transformer la colère en espoir et parle très justement d’indignation. Parfois, c’est partir, prendre ses distances, pour mieux revenir. Résister c’est retrouver du plaisir.

Idée 1 : Retrouver du sens et refuser les médailles.

« Mes divers engagements associatifs découlent de mes valeurs personnelles et spirituelles, et contribuent à les nourrir. Et surtout, je réponds à l’individualisme par la communauté et le vivre-ensemble. »

Magali, bénévole et adhérente de plusieurs associations

Créer des alliances

Selon la 23e édition de l’étude nationale Recherches et Solidarités (octobre 2025), entre juillet 2024 et juin 2025 : 74 000 nouvelles associations créées, 13 millions de bénévoles et 1,9 million de salariés. On est bien là, et en même temps, invisibles.

Dans sa conférence gesticulée, Sandrine nous raconte l’importance de la solidarité et des alliances : dialoguer, désobéir, rejoindre un syndicat, et pourquoi pas une grève des associations ? La solidarité c’est être les alliés de celles et ceux qui luttent toute leur vie.

Idée 2 : Faire réseaux et faire un travail d’alliance locale, car les institutions nous divisent.

Extrait photo de la conférence gesticulée de Sandrine Courtial. Photo : Jeanne

Elle nous raconte l’importance de la communauté pour créer une nouvelle culture politique. Nos imaginaires peuvent s’accorder avec plus de gouvernance démocratique. Faire collectif, c’est relever la tête de son guidon, se partager des expériences, trouver du relais.

Idée 3 : Instaurer une démocratie dans nos propres collectifs et installer un rapport de force.

« La démocratie n’est pas seulement des principes écrits dans les statuts, mais des pratiques quotidiennes. Il y a des phénomènes de désinvestissement dans les associations, d’éloignement entre les lieux de prise de décision et la base des adhérents, des difficultés à trouver des élus par exemple. »

Baptiste Mylondo, enseignant en sciences sociales, dans un entretien pour le média Carenews en mai 2024.

Sandrine nous raconte l’importance de repenser le monde du travail et de mettre au cœur de ce système, la santé, la formation et la transmission.

Idée 4 : Penser le bien être au travail.

Extrait photo de la conférence gesticulée de Sandrine Courtial. Photo : Jeanne

On peut s’autoriser à imaginer qu’on gagne. Alors une seule solution : «si vous n’en pouvez plus, quittez, ou rejoignez la lutte». Mettez vous en action.

« Quand est ce qu’on va arrêter de réclamer ? C’est nous qui tenons la société. On est indispensable. […] il est temps que les associations rejoignent le mouvement social. »

Sandrine Courtial

À la fin de notre entretien, Sandrine évoque l’échéance de 2027. Qu’est ce que ça voudra dire à ce moment là de résister ? Elle y voit de la lutte et du collectif.

Un grand merci à Sandrine Courtial qui a nourri cet article de ces pensées et son travail admirable.


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