Né « quelque part en Espagne dans les années 60 », comme le mentionne sa page sur le site des éditions du Tripode, Mario Alonso a quelque chose d’une des meilleures chansons de Maxime Le Forestier. De quelle nationalité est-il ? De celle des poètes qui apprivoisent lentement leur art, sans aucun doute.
Comment ai-je croisé ses mots ? Le titre Femme de cabane a attiré mon œil et j’ai acheté le livre sans regarder la quatrième de couverture. Dans son bureau où les plantes courent sur les murs et les coccinelles sur le plafond, Mario Alonso a répondu à mes questions.

De la réinvention à la création
Mario Alonso a pratiqué le handball à haut niveau, au point d’envisager d’en faire carrière. Mais le ballon a définitivement fini dans les cages quand se sont ouvertes les portes de l’école d’arts appliqués de Roubaix. En parallèle de ses études, Mario Alonso a participé à des expositions, monté un groupe de musique et découvert la photographie.
« À chaque passion, j’étais investi à 100 % et les ruptures ont été à chaque fois d’autant plus grandes, à la hauteur de mes rêves de départ, des ruptures que j’ai plus ou moins provoquées pour vivre autre chose. C’est dans ma nature, et j’ai eu comme ça plusieurs vies. »
Mario Alonso, auteur
Lignes de flottaison est son premier livre, publié en 2021 à cinquante ans passés. Nous voici en 2026 et Mario Alonso vient de publier son cinquième titre. À croire qu’il est également danseur pour tenir un rythme aussi endiablé ! La lente maturation de cette œuvre littéraire n’est pas un hasard : c’est un aboutissement. De ses expériences dans le monde de l’art, il a gardé le talent de produire des images. Et du terrain de handball, il a gardé l’endurance.

« Écrire, je dirais que c’est presque aussi physique qu’intellectuel. Il faut avoir une bonne condition physique. Il faut savoir prendre des coups, se relever, il ne faut pas pleurnicher sur son sort. Les choses ne viennent pas toujours et il faut continuer d’écrire même quand ce n’est pas bon. »
Résumons : handballeur, photographe, guitariste, auteur et peut-être aussi un peu boxeur… Qui s’y frotte s’y pique !
« Appelez-moi poète si vous voulez, mais s’il vous plaît, dîtes-le avec un soupçon de crainte dans la voix. »
Lignes de flottaison
La poésie de l’aphorisme
Aux éditions belges du Cactus Inébranlable, Mario Alonso a publié Lignes de flottaison et Bandes réfléchissantes en 2021 et tout récemment Fusillades. Chez Les Venterniers, il a publié en 2023 Les gens qui meurent (illustré par Laura Penez). Ces quatre livres sont des recueils d’aphorismes : cet art de la phrase courte et percutante, quelque peu perdu en France, a ses lettres de noblesse dans le plat pays. L’aphorisme, c’est les montagnes russes de l’art poétique : on attend moins la chute que la folle accélération de la pensée qui semble sortir des rails.

« Mes aphorismes sont des goûts pillés. »
Bandes réfléchissantes
Mario Alonso ne s’en cache pas, il doit son intérêt pour cette forme littéraire aux surréalistes belges, comme Marcel Marion qu’il a manqué de peu de rencontrer.
« Ces gens-là, que j’ai découverts très jeune, faisaient tout. Ça me plaisait déjà beaucoup, le côté touche-à-tout. Ils ne s’interdisaient rien, ils avaient un côté frondeur, ils me faisaient rire, ils me faisaient réfléchir, ils étaient intelligents. »
Pour avoir lu les quatre premiers textes de l’auteur, j’affirme que Mario Alonso est l’égal de ses maîtres. Il me fait rire et réfléchir, il donne du relief aux mots et il a parfaitement compris que l’aphorisme, ça se picore, ça (s’)infuse, ça bourgeonne.
Des romans comme des paysages
Mario Alonso ne boude pas pour autant la forme longue. Watergang (Le Tripode, 2022) et Femme de cabane (Éditions Cours Toujours, 2024) sont des romans qui ont les pieds dans l’eau, celle des polders du nord de l’Europe et celle de la mer autour d’une île. L’élément liquide a donc ses faveurs : pourquoi ?
« Je n’ai pas vraiment de réponse : c’est peut-être pour ça que je continue d’écrire dessus. Enfant, j’ai été très attiré par l’eau. Mes parents m’emmenaient tous les ans en Espagne : la mer n’était pas loin, les piscines à ciel ouvert étaient à côté. On avait l’habitude d’aller dans les acequias. En espagnol, c’est des constructions héritées de l’époque maure, qui permettent à l’eau de s’écouler et d’irriguer les cultures. […] En fait, les acequias, c’est presque des watergangs, ces canaux qui renvoient l’eau vers la mer. […] Tout cela, c’est très inconscient : récemment, je me suis rendu compte que c’est ce qui m’attire et j’y reviens avec le projet que je viens de démarrer. Je n’ai écrit que 20 ou 30 pages : une femme conduit les bateaux sur les canaux de Gand. »
Et pour la suite, il faudra attendre la publication, en fin d’année ou début 2027, de ce roman autofictionnel qui rassemble deux protagonistes dans des dédales d’eau et de plantes.

À retrouver sur sa page Instagram
EXPRIME, ça lui fait penser à quoi ?
La réponse de Mario Alonso claque, encore une fois, mais pas comme un aphorisme…
« Je fais tout de suite un lien avec la grande époque du slam que j’ai connu dans les années 2000 et 2010. C’est un mot qui y était très souvent employé. Il y avait même une collection littéraire qui avait ce nom-là. […] Ça me fait penser à une sorte de permission, d’aller sur une scène ouverte et de faire ce qu’on a envie de faire, ce qu’on a besoin de faire, avec un public ou pas, de se jeter à l’eau. Encore une fois, l’eau ! »
À la revoyure !
Fusillades est paru en janvier 2026 et les premiers articles à son sujet sont élogieux. Pour suivre l’actualité de Mario Alonso, consulte sa page Instagram où il mélange photos et littérature ou sa page d’auteur sur Facebook. L’auteur/artiste a des beaux projets en préparation : je lui souhaite de les mener à bien, autant pour sa réussite à lui que ma curiosité à moi !
En quittant Mario après notre échange, il me reste des impressions jolies : l’eau comme une joie, l’humour comme une élégance et la végétation comme une promesse.
Et toi, as-tu les textes de Mario Alonso ?
Lire ICI, la série Des mots en Nord.
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