La post-vérité : fake news, algorithme et émotions

Notre société, depuis l’avènement des réseaux sociaux et d’internet, ne fait qu’évoluer et changer, entrainant de nouveaux enjeux politiques et juridiques. La justice française a du mal à mettre à niveau ses mesures d’encadrement, mais de nouvelles manières de faire de la politique ou du militantisme sont apparues. Et avec tout ça : l’addiction aux réseaux sociaux, les fake news, le rôle des influenceurs et leur prise de parole, le cyber harcèlement… Depuis quelques années, on voit émerger un nouveau terme dans le débat public : l’ère de la post-vérité.

Qu’est-ce que la post-vérité ?

Ce terme désigne un phénomène de mutations de nos sociétés, engendrées par l’avènement des réseaux sociaux et la normalisation des fake news. Pire que ça, les individus eux même valorisent moins les faits et la vérité et sont plus enclins à suivre leurs émotions que leur raison. On utilise aussi ce terme pour parler plus spécifiquement des changements dans la culture politique et médiatique : les débats seraient plus orientés vers l’émotion, ignorant les faits.

Ce phénomène vient principalement du modèle addictif des réseaux sociaux, notamment depuis l’explosion de TikTok et de son algorithme ultra efficace. Objectifs : garder notre attention pour gagner toujours plus de capital. Pour réussir, ils ont mis au point des stratagèmes, des publications qui nous conforment dans nos croyances, diabolisent les autres opinions, nous stimulent par une émotion, et nous font rester sur la plateforme. Résultat ? On a de plus en plus de mal à débattre et à se confronter à des avis divergents.

Nick Fuentes, suprémaciste blanc, figure de l’extrême droite américaine, et très visible dans l’algorithme TikTok. (capture d’écran)

Aussi, les fake news sont omniprésentes et les discréditer prend beaucoup plus de temps que de les créer. Cet aspect est renforcé avec l’apparition de l’intelligence artificielle qui rend encore moins sûr ce que l’on peut voir sur internet. C’est comme ça qu’on arrive dans des situations où des gens sont persuadés que la terre est plate ou que des reptiliens contrôlent le monde. En effet, ces dernières années, de nombreuses théories du complot ont émergé. Aux États-Unis par exemple, la théorie du complot nommée QAnon est reprise par Donald Trump, dont une partie de l’électorat y adhère.

Une mutation du paysage politico-médiatique

Dans ce contexte, les médias traditionnels et les politiques décident de reprendre les codes des réseaux sociaux. Il faut faire du sensationnel, faire « le buzz », être le premier sur l’info même si on n’est pas sûr de sa véracité.

Pour les médias, ces phénomènes sont apparus assez tôt avec l’avènement des chaines d’infos en continue dans lesquelles l’information n’était pas forcément vérifiée avant d’être énoncée. Maintenant, tous les médias traditionnels ont au moins un canal d’info en continue. Par exemple, Le Monde, journal papier, a un site internet sur lequel il y a un fil d’actualité en continue et des directs pour suivre de près les sujets importants du moment.

Pour certains médias, il a été nécessaire de faire des changements pour survivre à l’émergence d’internet. Nombreux d’entre eux ont fini par se créer des comptes sur les réseaux sociaux et reprendre leurs codes : extraits courts d’émissions avec des phrases chocs, formats pour expliquer en quelques minutes une actualité forte, etc.

Pour les politiques, ils ont dû prendre en main les réseaux sociaux et se les approprier pour pouvoir, selon eux, parler à la jeunesse. Cependant, ce sont des endroits où ils se mettent en scène, essayent de se rendre sympathiques, tel des influenceurs, et créent une forme de relation « amicale » avec leurs internautes pour essayer de gagner des élections.

Ils reprennent également les codes de TikTok pour faire des vidéos qui décrédibilisent leurs opposants ou glorifient leur image. Ils jouent donc beaucoup plus sur leur image que sur leur propos et leurs idées et mettent beaucoup plus en avant des débats houleux, polémiques plutôt que des débats de fond et apaisés.

En somme, toute notre société est en train de délaisser les faits et la vérité au profit du polémique et du sensationnel, car cela rapporte de l’argent aux réseaux sociaux, de la visibilité aux médias et de la popularité aux politiques. Mais cela se fait au détriment de la santé mentale de la population, du bon fonctionnement du débat publique et médiatique et de la démocratie elle-même, qui se fragilise.

L’avènement de la post-vérité dans le débat public

On voit l’émergence de la post-vérité tout d’abord aux États-Unis, avec la figure de Donald Trump. Lors de sa campagne présidentielle de 2016, on découvre un personnage nouveau, qui n’a pas peur de mentir de façon systématique et éhontée. Pour se faire élire, il n’hésite pas à surfer sur des fakes news, sur des théories du complot et décrédibiliser sa principale opposante, Hillary Clinton. Tout au long de sa campagne, il fait des propositions chocs, comme la construction d’un mur entre les États-Unis et le Mexique. À la surprise générale, ses mensonges ne le disqualifient pas, bien au contraire, il remporte l’élection présidentielle américaine.

Donal Trump à la Maison Blanche, USA, en 2027.

Plus proche de nous, un autre politique montre l’avènement de la post-vérité, Boris Johnson. Lors du référendum sur le Brexit, il avait envahi le débat public de nombreux mensonges comme les 350 millions de livres sterling que le Royaume-Uni allait économiser chaque semaine si le pays sortait de l’Union Européenne. Cette affirmation est fausse et a été réfutée par de nombreux spécialistes de la question. Cependant, une partie de la population y a cru.

Boris Johnson à London en 2018. Photo :
Foreign and Commonwealth Office

D’autres personnalités politiques qui utilisent ces mêmes procédés émergent dans le débat public, comme Jair Bolsonaro au Brésil ou Javier Milei en Argentine. Ce phénomène est nouveau et apporte de nombreux enjeux pour notre débat public. Il est impératif de le faire connaitre pour pouvoir lutter contre lui et ses conséquences.

Article réalisé par Ganaelle, rédactrice invitée.


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