100 Meters, long-métrage d’animation de 2025 réalisé par Kenji Iwaisawa, est inspiré du manga sportif d’Uoto 100 Mètres (connu au Japon sous le nom de Hyakuemu). Il interroge le rapport intime au sport, entre obsession, douleur et élan de vie.
Togashi est né pour courir. Enfant, il est naturellement doué et remporte toutes les courses de 100 mètres sans effort. Mais en 6e, il rencontre Komiya, un nouvel élève plein de détermination, mais qui manque de technique. En lui enseignant, Togashi donne à Komiya un nouveau but : gagner quoi qu’il en coûte. Les années passent, Togashi et Komiya se rencontrent à nouveau sur la piste, comme des rivaux, et se révèlent sous leur vrai jour.
courir sans limite
Il y a chez l’anime de sport une indéniable obsession pour le comment. Comment vaincre ses adversaires ? Comment affronter ses démons ? Comment surmonter l’échec, la douleur, les limites de son propre corps ? Autrement dit, comment gagner ? À contresens, 100 Meters s’empare du pourquoi. Pourquoi courir ? Pourquoi placer tout son avenir dans une dizaine de secondes ? Qu’a-t-on à gagner à dédier sa vie à courir sans destination ? Gagner, oui, mais à quel prix, et pour quoi faire ?
Après l’école, sur une piste de fortune, le jeune Komiya court pour s’échapper, malgré sa mauvaise technique et son souffle erratique. Togashi, le petit génie en herbe, court parce qu’il est doué et que l’adrénaline de la victoire comble la solitude. Leur amitié ne dure que quelques entraînements, mais la compétition ne cessera de les réunir au fil des années, entre même désir de courir et philosophies contraires. Une rivalité dont la tendresse rappelle le joli Look Back de Kiyotaka Oshiyama, qui met en scène deux amies liées par la passion dévorante pour le dessin.

Surprenante et audacieuse, l’animation expérimente sans cesse et fourmille d’idées. La rotoscopie (la production des séquences animées en dessinant image par image sur des prises de vue en direct) capture le mouvement avec une précision virtuose. Le temps de la course n’est pas rallongé inutilement : le moment reste furtif, comme suspendu. On perçoit l’effort physique de la course, la sueur, la respiration saccadée.
à bout de souffle
Dans la lignée du doux-amer Haikyuu, 100 Meters dépeint avec honnêteté la cruauté du sport de haut niveau. Si l’anime de Susumu Mitsunaka et Masako Satō met à l’honneur le volley, les deux œuvres se rejoignent dans leur exploration tout en justesse de la santé, autant mentale que physique. Entre corps brisés et crises d’angoisses, la performance dévore et épuise jusqu’à ébranler même la rage de vaincre.
« Même si j’établis un record, qu’est ce qui m’attend au delà ? Il n’y a peut être rien à gagner à être rapide et rien à perdre à être lent.«
Komiya dans 100 Meters de Kenji Iwaisawa (2025)

Sensible mais jamais excessif, Iwaisawa ne se refuse pas à représenter le burn-out, l’ennui, l’angoisse existentielle et la solitude. Réaliste, il raconte l’inévitable passage du temps : l’effort semble inhumain, mais aucun sportif n’est éternel. Au fil des déceptions, passé le sommet de leur niveau, chacun d’entre eux est amené à repenser sa vision du sport.
« L’anxiété ne devrait pas être traitée. La vie est parsemée de possibilités de perdre. C’est précisément le charme de la vie. La peur n’est pas désagréable. La sécurité n’est pas agréable. L’anxiété survient quand vous vous confrontez à vous même. Si vous devez sacrifier quelque chose pour la gloire, offrez votre vie, qui n’est qu’un tas de cellules. »
Zaitsu dans 100 Meters de Kenji Iwaisawa, (2025)
La fureur de vivre
Résolument humain, 100 Meters est un condensé de vie, avec sa laideur, ses passages à vide et ses moments de grâce. Le sport est nourri des émotions et des aspirations de ses athlètes, loin d’être des machines impassibles.
« L’espoir, la déception, la gloire, l’échec, la fatigue, l’insatisfaction, l’accomplissement, toutes les émotions. Mets les toutes dans le 100 mètres. »
Zaitsu dans 100 Meters de Kenji Iwasawa (2025)

Iwaisawa, tout en dépeignant un monde de compétition acharnée, choisit de montrer ce que les athlètes doivent à leurs concurrents. En témoigne la rivalité entre les personnages principaux, pour qui la course devient autant un combat qu’une poignée de secondes à vivre ensemble.
« Le véritable triomphe, la véritable joie ne sont ni les records ni les médailles. Ce sont les adversaires. Remporter la victoire en affrontant quelqu’un. »
Nigami dans 100 Meters de Kenji Iwaisawa, (2025)
100 Meters assume son réalisme jusqu’au bout : il n’y aura ni miraculeux pouvoir de l’amitié ni remontada surprise. L’issue du 100 mètres a d’ailleurs peu d’importance : ce qui compte, c’est l’élan. Pourquoi courent ils ? « Pour donner le meilleur de nous mêmes. » Togashi et Komiya, dont la passion a été bousculée par les épreuves, ne sont plus prêts à sacrifier leur vie pour gagner. Tous deux le savent : donner le meilleur de soi n’est pas synonyme de victoire. Mais peut-être ont-ils trop à vivre pour s’en préoccuper.
« J’ai beaucoup aimé le film, je trouve l’animation très audacieuse et réussie, c’est un anime sur le sport qui se démarque dans la manière d’aborder l’obsession, le burn out et le rapport au corps. »
Clara, rédactrice
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