Née en 1975 à Seclin, Bernadette Gruson est comédienne, metteuse en scène et autrice. Elle s’est littéralement mise à nu avec sa pièce Fesses. Devant un thé et une gourmandise chocolatée, Bernadette Gruson m’a offert un autre effeuillage, celui de ses souvenirs.
Comment ai-je croisé ses mots ? Dans un groupe d’entraide féminine, elle a lancé un appel : quelqu’un pour garder son chat. Nos fenêtres ne sont séparées que d’une rue : j’ai sauté les trottoirs pour nourrir l’animal et rencontrer l’humaine.
Félin pour l’autre…

Entre éternelle enfance et énergie inépuisable
Dernière d’une fratrie de neuf enfants (et seule à être née dans une clinique), Bernadette Gruson transcende le syndrome de la petite dernière. Curieuse incurable, elle défriche tous les terrains à grands coups de « pourquoi ? » et « pourquoi pas ? ». Pour elle, les cases sont faites pour être démontées ou empilées pour voir ce qu’il y a de l’autre côté du mur.
« J’ai fait de la danse, beaucoup, quand j’étais ado : j’adorais ça. La danse m’a vraiment éveillée au corps et à l’incarnation de qui je suis. J’étais, je pense, quelqu’un qui flottait un peu et qui avait du mal à s’ancrer. Aujourd’hui, quand j’écoute des podcasts sur les troubles de l’attention et le TDAH, je me reconnais un peu sur cette difficulté à me concentrer. »
Bernadette Gruson, autrice
Papillonnante, riche d’une énergie qui ne demande qu’à se concrétiser, Bernadette Gruson dessine, peint, pratique et enseigne le yoga, fait de l’escalade et de l’équitation, s’installe un temps aux États-Unis, fait des résidences d’artiste au Québec et ailleurs, part en solo sur les chemins de grande randonnée et, évidemment, écrit des pièces et produit/réalise des performances théâtrales. D’aucun·es seraient épuisé·es, mais Bernadette semble l’illustration du mouvement perpétuel. Ça me rappelle Le secret de la force surhumaine d’Alison Bechdel : voilà un conseil de lecture dont je te fais cadeau.
L’oreille, organe sensible
En 2006, Bernadette Gruson a créé ZAOUM, compagnie de théâtre qui porte des projets repoussant les frontières des médias et des arts. Le zaoum est un mouvement poétique russe qui privilégie le son au sens. Dans sa démarche artistique, Bernadette Gruson donne également une importance majeure à ce qui s’entend, en se fondant sur ce qui se dit.


(Im)permanences revisite les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. L’artiste collecte des « fragments d’intime » auprès de ses publics. Les mots sont ensuite mêlés à ceux de Barthes et donnés à écouter dans six casques à permanente qui reproduisent un salon de coiffure. L’œuvre est itinérante et évolutive, adaptée à chaque lieu et chaque commande. Dans Miroir(s), des tables de toilette se font tableau en projetant sur nos reflets des nus iconiques du patrimoine pictural : dans les casques, chaque œuvre est présentée en évitant soigneusement tout discours académique. Avec ses deux installations, Bernadette Gruson propose aux visiteur·ses de dépasser leur regard et de s’affranchir du voyeurisme, pour s’impliquer dans une rencontre sincère et déconstruite avec l’œuvre.
La grande question de l’identité et le trouble immense de la sexualité
Recentrons-nous sur l’autrice. Bernadette Gruson a écrit de nombreuses pièces qu’elle a jouées ou fait jouer. Plusieurs thèmes sous-tendent ses textes. Je retiens notamment celui des violences sexistes et sexuelles, grande cause ratée d’un certain quinquennat, et celui des discriminations subies par les femmes et les minorités de genre.
« Peut-être que si j’étais adolescente aujourd’hui en 2026, je choisirais d’être non-binaire. Je me souviens qu’ado, j’étais très révoltée par le côté garçon/fille. Quand tu es une fille, tu fais ceci. Et puis surtout, en fait, le fait d’être une fille, je n’avais pas le droit de faire tel ou tel truc. »

Dans Éloge des créatrices, la comédienne propose des parcours uniques dans des musées afin de célébrer les œuvres oubliées d’artistes femmes, parce qu’on a en a soupé du génie masculin ! Avec à gauche du oui, à droite du non, elle met en scène une société qui a tout à apprendre du consentement dans les relations amoureuses. To tube or not to tube, c’est une réflexion sur ce que la culture pornographique fait aux désirs adolescents. Et avec Passons à autre chose, Bernadette Gruson célèbre avec amertume les 5 000 ans du patriarcat : triste anniversaire…
Un projet me touche particulièrement, c’est Lettre(s) à soi. Ce travail mené avec Florian Vörös, professeur à l’université de Lille, donne encore la parole aux publics. Ici d’anciens adolescent·es – donc des adultes d’aujourd’hui – revisitent leurs souvenirs : c’était quoi, les contours de leur identité et l’horizon de leurs envies dans un monde qui, parfois, était/est franchement limitant ou déprimant ? La lecture des extraits de lettres est accompagnée d’une musique électro mixée en direct sur scène. Tu penses que le théâtre, c’est souvent poussiéreux ? Pas là, promis !
Jouer, partout, tout le temps, autant que possible
L’actualité de Bernadette Gruson, c’est une autre façon d’expérimenter le FOMO (fear of missing out)…
- Éloge des créatrices : 7 mars à 16h ; 8 mars à 11h et 15h (Château d’Hardelot – Condette)
- à gauche du oui, à droite du non : 13 mars à 14h15 et 19h (La Barcarolle – Arques) ; 19 mars à 20h – (Antre2 – Université de Lille)
- Passons à autre chose : 2, 3, 4, 9, 10 et 11 avril à 21h ; 5 et 12 avril à 17h (Le Local des Autrices – Paris)
Il se prépare de grands projets derrière le rideau ! Pour ne rien manquer, le plus sûr est encore de consulter le site internet et l’Instagram de ZAOUM. Et si une des œuvres ou installations t’intéresse, contacte la compagnie : Bernadette Gruson produit son travail dans les entreprises et auprès de tous les publics, dont les plus inaccessibles, comme les populations incarcérées.
EXPRIME, ça lui fait penser à quoi ?
La réponse de Bernadette Gruson est à son image même : spontanée, franche et originale.
« C’est marrant, je pense à « Escrime ». Tiens, un sport que je n’ai pas fait ! Exprime/Escrime, il y a ce truc d’attaque, la touche avec le fleuret, l’élégance. »
Une empreinte profonde et des échos joyeux
J’ai lu tous les textes de Bernadette Gruson et j’assiste dès que possible à la représentation de ses œuvres. L’œuvre de cette artiste/autrice m’évoque la souplesse racée et impertinente des chats, le mouvement d’une danse partagée et une parole qui libère.
Et toi, as-tu lu des textes de Bernadette Gruson ou vu une de ses performances/productions ?
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