L’ère de la post-vérité a fait son chemin dans les démocraties du monde. Sans surprise, elle fragilise le débat public et le vivre ensemble. Il faut alors se pencher sur ses conséquences pour comprendre son impact sur nos vies et pour trouver des solutions pour lutter contre elle.
Dans l’ère de la post-vérité
Dans son ouvrage La faiblesse du vrai (2018), la philosophe Myriam Revault d’Allonnes affirme que la post-vérité prend place non pas quand les mensonges n’ont plus d’importance mais quand le réel n’a plus d’importance et quand une forme d’indifférence au vrai du faux s’installe.
La post-vérité s’est d’abord répandue aux États-Unis. Introduits dans notre premier article, les mensonges du président Trump sont de plus en plus nombreux et éhontés.
« Ils mangent des chiens ! Ils mangent des chats ! Ils mangent des animaux de compagnie ! »
Donald Trump dans un débat télévisé contre Kamala Harris, en parlant des immigrés haïtiens vivant à Springfield, dans l’Ohio.
On sait tous très bien que cette affirmation est fausse, et dans le débat elle n’est d’ailleurs accompagnée d’aucune source. Pourtant, cette phrase aura quand même parlé à certains électeurs qui y croiront fermement.
Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est que ce n’est plus seulement Donald Trump qui affabule constamment, mais la totalité de l’univers MAGA (« Make America Great Again », slogan de Trump pour l’élection présidentielle de 2024, qui englobe tous ses supporters et collaborateurs). Déjà, dès 2017, sa conseillère parlait de « faits alternatifs » donné par le porte-parole du gouvernement, qui avait menti sur l’ampleur de l’investiture du nouveau président. À la fin du premier mandat de Donald Trump, le Washington Post avait compté les contrevérités présidentielles et en avait recensé plus de 30 milles, soit une moyenne de 21 par jour.

Nous ne sommes pas pour autant épargnés en France. Un mensonge extrêmement grave mais qui n’a fait grand bruit concerne la pénurie de masques lors de la pandémie de COVID-19. La France n’avait pas beaucoup de stock avant la pandémie car ils n’étaient pas vitaux et les gouvernements successifs faisaient donc des économies dessus. Lorsque la pandémie éclate, les stocks de masques s’épuisent vite et le gouvernement demande à la population de ne pas en acheter. Leur argument est fallacieux : ils affirment qu’il n’y a « pas de risque de pénurie » et que les masques « ne sont pas nécessaires si on n’est pas malade ».
Pendant ce temps, les hôpitaux manquent de masque et les travailleurs en « première ligne » prennent d’énorme risque. Après la pandémie, le gouvernement continuera de nier la pénurie en parlant de « manques » et de « tensions », manière d’atténuer la crise.
Que ce soit pour Donald Trump ou pour Emmanuel Macron, leurs mensonges n’ont pas créé d’émoi, et ils n’ont subi aucunes conséquences. Macron a même été réélu en 2022.
La post-démocratie
Beaucoup s’alarmaient déjà des possibles conséquences de la post-vérité sur la démocratie. La post-démocratie désigne un système politique qui affichent des principes démocratiques hérités d’un système démocratique, sans pour autant les respecter dans les faits.
Aux États-Unis, depuis le tout premier jour du deuxième mandat de Donald Trump, les prises de parole racistes, xénophobes de manière décomplexée s’enchainent, des mesures liberticides sont prises pour opprimer les minorités et une réalité alternative est mise en place par le pouvoir.
On peut prendre l’exemple des lois contre les personnes immigrées et l’utilisation de la ICE (United States Immigration and Customs Enforcement), service de l’immigration et des douanes des États-Unis. Lors de sa campagne électorale de 2022, il avait tenu des propos ambigus : « Dans quatre ans, vous n’aurez plus à voter ». L’État de droit est fortement attaqué et Donald Trump ne souhaite pas s’arrêter là : depuis le début de cette année, il a montré son intention de s’asseoir sur le droit international avec le kidnapping du Président du Venezuela, Nicolas Maduro ou encore sa volonté d’envahir le Groenland.
En France, lors de ces deux mandats, Emmanuel Macron a décidé d’ignorer la voix du peuple. D’une part, lors des manifestations des gilets jaunes, qui voulaient davantage de démocratie directe, et d’autre part, lors des manifestations contre la reforme des retraites, dont 90% des actifs étaient contre. De plus, lors des élections législatives de 2024, le NFP (nouveau front populaire, coalition de gauche) était arrivé en tête, mais n’a pourtant jamais pu gouverner. Il a également utilisé de nombreux 49-3. Bien que ce ne soit pas des attaques claires et réelles sur notre démocratie, la post-vérité utilisée par Macron et ses promesses non tenues découragent les citoyennes et les citoyens à prendre part à la vie politique du pays.


Lutter contre la post-vérité
Il est assez dur de lutter contre la post-vérité car cela demande du temps et de l’énergie. Mais certains médias ont mis en place des outils : le Washington Post ou Libération et sa catégorie « CheckNews », un service de vérification des informations, à la demande. Au-delà des ces outils, il est important de s’informer via des médias qui font un travail journalistique sérieux, et surtout de croiser les sources.
Il est également important de limiter les biais que nous pouvons avoir sur les réseaux. Il est difficile de sortir de notre bulle algorithmique car les réseaux sont programmés pour ça, mais avoir simplement en tête que ce que nous voyons n’est qu’une partie de la réalité est déjà un grand pas. On peut aussi essayer de limiter sa consommation des réseaux sociaux.
Il est important, pour sortir de la post-vérité, de renouer avec le débat public et avec les gens qui ne sont pas en accord avec nous. Les réseaux sociaux nous apprennent à diaboliser les gens en désaccord avec nous.
Enfin, le plus important pour être armé contre la post-vérité c’est d’aiguiser son esprit critique. Remettre en question ce que l’on entend, ce que les autres nous disent et même ce que nous voyons est essentiel pour démêler le vrai du faux. Dans un monde où la vérité recule, il faut redoubler d’effort pour s’informer et s’éduquer. Et par-dessus tout, il ne faut jamais arrêter de s’indigner lorsque quelqu’un ment, sinon la post-vérité triomphera.
Article réalisé par Ganaelle, rédactrice invitée.
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