Cliché, art contemporain, graffiti

L’art contemporain et ses clichés

Bien qu’il tienne son nom simplement de son actualité, l’art contemporain revêt une apparence bien plus significative. Il est très souvent lié à ce que les rumeurs rapportent de lui. Si bien que la dénomination « art contemporain » en est presque devenue péjorative. Les lignes qui suivent tentent de nuancer certaines idées répandues à son sujet.

CLICHÉ N°1 : « L’ART CONTEMPORAIN, C’EST N’IMPORTE QUOI ! »

Pourquoi ce cliché existe ?
Ce jugement trouve son origine dans le décalage apparent entre les œuvres contemporaines et les critères traditionnels de beauté. Par exemple, les monochromes d’Yves Klein, réalisés dans les années 1960 en France, semblent à première vue n’être que des aplats de couleur sans effort technique.

Monochrome d’Yves Klein avec des éponges imbibées de son bleu IKB. Photo : jean louis mazieres

Comment le déconstruire ?
L’art contemporain ne se mesure pas uniquement à l’aune du « beau » classiquement reconnu, il cherche avant tout à interroger nos perceptions. Prenons l’exemple de One and Three Chairs (1965) de Joseph Kosuth, une œuvre qui présente une chaise réelle, sa photographie et la définition textuelle du mot « chaise ». Ce triptyque nous invite à réfléchir sur la nature même de l’objet et du langage. Ici, la démarche de l’artiste importe autant (voire plus) que son résultat. Sa beauté est relégué au second plan afin de favoriser un exercice intellectuel.

One and three chair de Joseph Kosuth. Photo : Kenneth Lu

Comment dépasser ce cliché ?
Plutôt que de se reposer uniquement sur la question « Est-ce beau ? », il peut être plus enrichissant de s’interroger sur pourquoi l’artiste a fait ce choix particulier. L’art contemporain se découvre aussi par l’expérience et l’échange : en parler autour de soi ou écouter les commentaires des commissaires d’exposition permet de démystifier ces œuvres et d’apprécier toute leur profondeur derrière une apparente simplicité.

CLICHÉ N°2 : « UN ENFANT POURRAIT LE FAIRE ! »

Pourquoi ce cliché existe ?
Les œuvres minimalistes ou abstraites, telles que les toiles de Jackson Pollock paraissent parfois accessibles d’un point de vue technique. Jackson Pollock, figure emblématique de l’expressionnisme abstrait aux États-Unis dans les années 1950, a popularisé la technique du « dripping » qui, au premier abord, peut sembler relever d’un geste bigarré. Cette idée reçue est le témoin d’un critère de réussite d’une œuvre d’art, qu’est celui d’une haute technicité.

Un tableau de Jackson Pollock crée avec la technique du « dripping ». Photo : fensterbme

Comment le déconstruire ?
Ce cliché minimise souvent l’imaginaire ou encore la novation qui sous-tend la création de ces œuvres. La technique du dripping de Pollock, par exemple, ne se contente pas de laisser couler la peinture au hasard : elle engage tout le corps dans un processus de libération, redéfinissant ainsi le geste artistique. Ses tableaux, apparemment simples et désordonnés, sont le résultat d’une recherche minutieuse qui propose un art vivant et en perpétuelle évolution.

Comment dépasser ce cliché ?
Une manière de dépasser cette idée préconçue est de se lancer soi-même dans l’expérience créative. Tentez d’imiter un geste à la manière de Pollock, vous constaterez que derrière une apparente simplicité se cache une maîtrise fine de la gestion des couleurs et l’espace. Il s’agit de reconnaître que l’innovation et la rupture avec les codes traditionnels, sont souvent plus déterminantes que la simple technicité.

CLICHÉ N°3 : « L’ART CONTEMPORAIN, C’EST ÉLITISTE ET RÉSERVÉ AUX INITIÉS »

Pourquoi ce cliché existe ?
Les œuvres d’art conceptuelle ou abstraite peuvent paraître intimidantes ou hermétique en l’absence d’explications claires. Par ailleurs, les records de prix affichés lors de ventes aux enchères, parfois astronomiques, alimentent l’image d’un milieu fermé et réservé à une élite. Cette perception s’est renforcée au fil des décennies, notamment en Europe et en Amérique du Nord, où le marché de l’art est devenu un véritable symbole de prestige.

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Une vente aux enchère à l’Hôtel Drouot, illustration du journal périodique de l’Hôtel Drouot, Gustave Doré, Musée Carnavalet, Paris

Comment le déconstruire ?
Loin d’être un club fermé, l’art contemporain ne se résume pas à ses hautes sphères et est avant tout un vecteur de dialogue et d’échanges. Quand la presse relaie les records de prix de vente d’œuvres, elle éclaire ce qu’il y a de moins représentatif du marché de l’art. En outre, les artistes qui bénéficient de la plus grande visibilité ne sont pas nécessairement ceux qui vous toucheront ou que l’histoire retiendra. Pour autant, chaque œuvre est toujours à portée de main.

Comment dépasser ce cliché ?
Pour aller au-delà de cette idée d’exclusivité, rien de tel que de participer aux dispositifs de médiation proposés par les institutions culturelles. Ceci permet au grand public d’accéder aux messages et aux techniques employés par les artistes. Il existe également des ressources en ligne – qu’il s’agisse de vidéos de vulgarisation ou de podcasts – qui rendent l’art accessible à tous.

CLICHÉ N°4 : « L’ART CONTEMPORAIN, C’EST FORCÉMENT POLITIQUE OU ENGAGÉ »

Pourquoi ce cliché existe ?
L’art contemporain aborde souvent des thématiques sociales et politiques : féminisme, écologie, migrations… Des artistes tels que Banksy, dont les œuvres de street art réalisées dans les années 2000 au Royaume-Uni dénoncent des injustices sociales, illustrent bien cette tendance. Cette orientation peut donner l’impression que l’ensemble de la création contemporaine se résume à un militantisme systématique.

Shop Until You Drop. Un Graffiti de Banksy. Photo : QuentinUK

Comment le déconstruire ?
Si nombre d’artistes utilisent leur art pour dénoncer des problèmes sociaux, d’autres se concentrent sur des explorations purement esthétiques ou sensorielles. James Turrell, par exemple, travaille sur la lumière et la perception depuis les années 1970 aux États-Unis, offrant une expérience immersive qui ne cherche pas à imposer un message politique mais à transformer notre rapport à l’espace.

James Turrel The light inside
The Light Inside, installation de James Turrel. Photo : Ed Schipul

Comment dépasser ce cliché ?
Plutôt que de réduire ce domaine à une fonction exclusivement militante, apprenez à apprécier la pluralité des démarches artistiques. Certes, tout n’est pas à garder, mais toutes valent le coup d’être expérimentées au profit d’une époque en mouvement.

Image de couverture : Louis Bavent, CC by 2.0


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